Le jour où on a laissé tomber MSF

L'hôpital de Médecins sans Frontières à Kunduz a été... (PHOTO ASSOCIATED PRESS)

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L'hôpital de Médecins sans Frontières à Kunduz a été bombardé pendant 45 minutes le 3 octobre, selon l'ONG.

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(Québec) ÉDITORIAL / Lorsque le monde a frôlé la catastrophe avec l'épidémie d'Ebola qui décimait l'Afrique de l'Ouest, alors que l'Organisation mondiale de la santé a mis des mois à prendre la mesure réelle du danger, ce sont les membres de Médecins sans frontières (MSF) qui sont allés au front, et certains l'ont payé de leur vie.

Lorsque la guerre fait des victimes en Afghanistan, en Syrie, à Gaza ou au Soudan, ce sont souvent les équipes de MSF qui sont les derniers remparts d'humanité dans le chaos. 

Mais maintenant que l'organisation a besoin de notre appui pour obtenir justice, pour qu'une enquête indépendante fasse la lumière sur la destruction de l'hôpital de Kunduz en Afghanistan, ses appels résonnent dans un vide humiliant. 

L'armée américaine a fait connaître, mercredi, les conclusions de son enquête sur cette frappe, qu'elle attribue à une série d'erreurs humaines et de défaillances technologiques. La liste est longue, si longue qu'elle soulève des doutes sur sa crédibilité. 

Ainsi, la version officielle ne concorde pas avec les témoignages quant à la durée de l'attaque. L'armée évoque des défaillances des systèmes de communication, mais une minute avant l'attaque, l'équipage du AC-130 a pu transmettre à sa base les coordonnées exactes de sa cible, qui étaient celles de l'hôpital. L'armée soutient aussi que les bâtiments de l'hôpital ressemblaient à ceux de la cible initiale, ce qui est loin d'être évident. 

Dans les jours qui ont suivi la frappe aérienne, l'armée américaine a soutenu différentes versions de l'incident. Les autorités avaient pourtant été informées de leur erreur dès 2h30 du matin le 3 octobre, 30 minutes après le début de l'attaque.

Plus de 30 personnes sont mortes, des patients, des employés et des médecins, et il y a eu des dizaines de blessés. Dans son propre rapport sur l'incident, Médecins sans frontières a décrit l'horreur de cette frappe : un médecin à la jambe amputée qui meurt pendant qu'on l'opère sur un pupitre; des blessés enflammés qui tentent de fuir avant de s'effondrer. Et, surtout, des témoins rapportent que l'équipage de l'avion mitraillait ceux et celles qui tentaient de fuir cet enfer.

La véritable question, qui n'est pas abordée dans le rapport de l'armée, est de savoir si les forces afghanes ont manipulé leurs alliés pour se débarrasser d'un hôpital qui soignait tous les blessés, peu importe leur camp. Des indices laissent croire que les responsables afghans de Kunduz voyaient d'un mauvais oeil cet établissement qui soignait des blessés des deux camps. 

Au lendemain de l'attaque, le gouverneur de la région affirmait même que «l'hôpital était utilisé à 100 % par les talibans».

La seule façon d'aller au fond de cette affaire est de confier l'enquête à un organisme indépendant. La Commission internationale humanitaire d'établissement des faits a été créée expressément pour ce travail, elle est reconnue par 75 pays, dont le Canada, et elle n'attend qu'un signal. 

Médecins sans frontières a écrit à chacun des pays. Trois seulement ont répondu. Un seul, la Suisse, a offert ses «bons offices» pour intercéder auprès des deux pays en cause. Tous les autres, dont le Canada, se sont réfugiés dans le silence ou l'indifférence. 

Comment croire que cette tragédie ne se répétera pas si on ne sait pas ce qui s'est réellement passé? 

Le Canada ne peut pas s'en laver les mains, il doit appuyer officiellement la demande de MSF. On leur doit au moins ça.

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