Le plus vieux réflexe du monde

ÉDITORIAL / Chaque année aux États-Unis, 3000 personnes se noient en moyenne,... (AP, François Mori)

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(Québec) ÉDITORIAL / Chaque année aux États-Unis, 3000 personnes se noient en moyenne, surtout des enfants. L'auto en tue 10 fois plus, environ 33 000 victimes par an. L'an dernier, des enfants de trois ans ou moins ont causé la mort ou des blessures au moyen d'une arme à feu une fois par semaine, en moyenne toujours, au sud de la frontière.

Pourtant, aucune de ces statistiques ne sème la peur voire la panique que provoque l'accueil de réfugiés du Moyen-Orient, chez nous comme chez nos voisins. Pourquoi sommes-nous capables de rationaliser - et d'accepter - certains risques, et pas d'autres?

Les accidents d'avion nous effraient plus que les collisions routières. Ebola inquiète plus que la grippe, qui a pourtant tué 600 personnes au Canada au cours des 12 derniers mois.

La peur n'est pas proportionnelle à la fréquence des incidents ni à leur gravité. Ce n'est pas la mort, ou la violence, qui déstabilise. C'est l'inhabituel, l'imprévu, tout ce qui affaiblit notre sentiment d'être en contrôle. Le magazine The Atlantic s'était penché, pendant l'épidémie d'Ebola, sur la mécanique de la peur, qu'une spécialiste reliait à deux facteurs : un danger réel, amplifié par une logique défaillante.

La peur est une émotion primaire, parfois rationnelle, mais souvent irrationnelle. C'est un de nos plus vieux réflexes, qui se transmet et se propage comme un virus. Un sondage effectué aux États-Unis a révélé que 61 % de la population se disait opposée à l'immigration de 10 000 enfants qui fuyaient la violence et l'oppression.

Ces enfants n'étaient pas des Syriens, ils étaient juifs et ce sondage date de janvier 1939. C'est un historien qui vient de ressortir ces documents d'archives à travers son compte Twitter : @HistOpinion.

Toujours en 1939, un autre sondage mesurait, en fonction de la religion, l'appui ou l'opposition à un dépassement des quotas d'immigration pour accueillir des réfugiés européens chassés par le nazisme. Chez les Juifs, plus de 70 % se disaient favorables. Chez les catholiques et les protestants, plus de 80 % y étaient opposés.

Étaient-ils insensibles? Bornés? Racistes? Non, ce sont les mêmes qui, quelques années plus tard, iront sacrifier leur vie pour libérer l'Europe. 

Il est loin d'être inutile de faire ce retour en arrière pour nous aider à voir un peu plus clair, aujourd'hui, dans le drame des réfugiés qui se déroule sous nos yeux. Si l'histoire nous apprend quelque chose, c'est que la peur - et les préjugés - déforment la réalité. Notre perception du danger est alors fondée sur des éléments plus subjectifs qu'objectifs.

C'est ce qui se passe présentement, quelques jours à peine après deux attentats, à Beyrouth d'abord, il faut le rappeler, et 24 heures plus tard à Paris. Ces actions terroristes ont changé le climat.

Que ça provoque de l'inquiétude ne doit pas nous surprendre. Mais il n'y a qu'une seule façon de calmer cette inquiétude, et c'est de faire appel à la raison. Il faut expliquer le processus et rappeler que les réfugiés qui seront accueillis par le Canada ne sont pas les demandeurs d'asile qui viennent frapper aux portes de l'Europe.

Surtout, il ne faut pas que l'accueil de ces familles se transforme en une course contre la montre. Il faut agir rapidement, efficacement et prudemment. Et faire un absolu de l'échéance du 31 décembre ne sert ni l'une ni l'autre de ces conditions.

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