L'artisan de sa propre perte

Stephen Harper, lundi soir... (La Presse Canadienne, Darryl Dyck)

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Stephen Harper, lundi soir

La Presse Canadienne, Darryl Dyck

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(Québec) EDITORIAL / M. Harper n'a personne d'autre que lui-même à blâmer pour la cuisante défaite enregistrée lundi, alors que son parti aurait logiquement dû profiter d'un avantage incontestable au terme d'un premier mandat majoritaire, et au moment où il vient d'atteindre l'équilibre budgétaire. Sans lui, les conservateurs auraient pu remporter ces élections.

L'entêtement, l'étroitesse d'esprit, la mesquinerie du chef conservateur lui ont aliéné l'appui de ceux et celles qui avaient décidé, en 2011, de lui accorder une première majorité au Parlement, un privilège qu'ils lui avaient refusé en 2006 et 2008. Le premier ministre a cru qu'il pouvait s'arroger tous les pouvoirs, mais cela a plutôt fait de lui la cible du mécontentement, sinon de la colère, des Canadiens qui jugent qu'il est allé trop loin.

L'ampleur de la vague qui a permis aux libéraux de renaître de leurs cendres ne laisse aucun doute à ce sujet. Le PLC a ajouté près de 150 sièges aux 34 qu'il comptait avant le déclenchement des élections.

Justin Trudeau a démontré dans cette campagne qu'il avait l'étoffe d'un leader. Les conservateurs en étaient certainement conscients, puisque même quand les sondages accordaient l'avantage au Nouveau Parti démocratique, ils concentraient leurs attaques sur le chef libéral.

M. Trudeau a livré une campagne sans faute, il a mérité la victoire remportée lundi, mais pas nécessairement la majorité. Il ne l'aurait pas obtenue sans l'aide de M. Harper.

Il n'y avait rien d'inspirant, même pour ses partisans, à voir le premier ministre répéter toute la semaine sa petite routine de la caisse enregistreuse. Mais conclure deux mois de campagne par une photo de famille avec l'ex-maire de Toronto Rob Ford était indigne d'un chef de gouvernement canadien. Au-delà de la défaite personnelle de M. Harper, le Parti conservateur conserve malgré tout une solide position dans le centre et l'ouest du pays, avec plus de 100 sièges. Mais il est devenu un parti dans lequel ni Brian Mulroney, ni Joe Clark, ni même Preston Manning ne se reconnaissent aujourd'hui. Celui ou celle qui succédera à M. Harper devra rétablir les ponts avec cette base électorale avant d'aspirer à diriger le pays de nouveau.

Si on peut se réjouir de la victoire libérale, on doit par contre déplorer son prix élevé. Le parti néo-démocrate encaisse un revers qu'il ne méritait pas. Il a été victime de la volonté de changement qui animait 60 % de l'électorat dès le début de la campagne.

Il faut se rappeler que si le chef libéral a mené une campagne exemplaire, sa performance en Chambre depuis son élection à la tête du Parti libéral était inégale, pour ne pas dire anémique. Il n'a pas l'éloquence d'un Bob Rae ni l'habileté impitoyable de Tom Mulcair.

Celui qu'on appellera bientôt le premier ministre Justin Trudeau devra tirer des leçons du régime Harper. Les leviers de contrôle qui permettent à un premier ministre d'imposer sa loi à tout le caucus sont toujours là.

Si la confiance envers le gouvernement s'est affaiblie, c'est parce que le public voit que le travail des parlementaires ne constitue trop souvent qu'un théâtre, la façade lézardée d'un système dans lequel un seul élu dicte l'agenda.

Dans ce contexte, il ne faut pas se réjouir trop vite de la majorité libérale. Avec un gouvernement minoritaire, et un parti néo-démocrate plus fort, la dynamique qu'on attend du système parlementaire aurait pu mieux jouer son rôle. Le premier défi de M. Trudeau sera d'entreprendre une réforme en profondeur des pratiques parlementaires, de la loi électorale, de l'accès à l'information. Il en va de la crédibilité du processus législatif.

Mais le dossier le plus urgent sera celui des changements climatiques et de la Conférence de Paris qui aura lieu dans moins de deux mois. C'est là que l'on verra les premiers signes d'un véritable changement de cap.

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