Faut-il avoir peur du déficit?

Un débat, c'est une occasion pour les leaders... (La Presse canadienne, Sean Kilpatrick)

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Un débat, c'est une occasion pour les leaders de projeter une image, avant tout.

La Presse canadienne, Sean Kilpatrick

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(Québec) Un débat des chefs est la pire tribune pour parler d'économie. Celui du Globe and Mail, jeudi à Calgary, en a fait la preuve. Peu de Québécois auront prêté l'oreille à cet échange, en anglais seulement et diffusé sur la chaîne parlementaire.

Ils n'ont pas raté grand-chose. La formule était lourde, les chefs parlaient à qui mieux mieux. On s'ennuyait aussi d'Elizabeth May, exclue sans raison valable.

Un débat, c'est une occasion pour les leaders de projeter une image, avant tout.

Justin Trudeau veut qu'on l'associe à la croissance, à la création d'emplois. Thomas Mulcair veut être le défenseur des programmes sociaux qui ne créera pas de déficits, et Stephen Harper, celui qui réduit les taxes et les dépenses de l'État.

Au-delà de ces images, le «débat» n'en est pas vraiment un. Les tentatives du modérateur pour approfondir ces questions avortaient les unes après les autres.

On n'a pas su comment M. Harper entend moderniser l'économie, réduire sa dépendance à l'égard des ressources. Lorsque le modérateur demande à M. Mulcair de chiffrer son plan pour un marché du carbone, il n'a pas plus de succès.

La constante qui revient sans cesse dans ce théâtre est le déficit, qui semble être devenu le baromètre par lequel les trois principaux partis entendent se mesurer. Mais c'est un baromètre qui ne veut rien dire.

Un déficit en soi n'est ni une catastrophe ni une panacée. Depuis 1960, le gouvernement des États-Unis n'a connu que 5 années sans déficit et 50 années déficitaires. Son déficit a atteint des sommets avec la crise de 2008, mais il se résorbe progressivement depuis.

M. Mulcair dit qu'un déficit reporte le fardeau sur les générations qui suivront, mais cela peut se justifier si notre investissement leur apportera de la croissance.

Le premier ministre, lui, répète que devant une économie mondiale instable, un contexte économique difficile, il faut tout faire pour éviter un déficit. C'est un non-sens.

Lorsque l'économie stagne, le gouvernement n'a aucun intérêt à accumuler des surplus, alors que cet argent pourrait générer de l'activité, à plus forte raison quand les taux d'intérêt sont faibles, comme ils le sont actuellement. Sur ce point, la logique que défend Justin Trudeau est sans faille.

La vraie question, c'est : que faire avec cet argent? M. Trudeau veut investir 60 milliards $ en infrastructures. Son calcul est plus politique qu'économique, car cela lui permet de faire miroiter des emplois à court terme. Il faudrait aussi qu'il investisse dans des projets qui auront un effet à plus long terme, qui vont permettre à l'économie de se moderniser pour continuer de croître lorsque la tempête sera passée. Il faut investir dans les énergies renouvelables, dans l'innovation.

Le déficit des États-Unis pouvait donner le vertige, mais aujourd'hui, le chômage est à près de 5 %, contre 7 % au Canada, et la chute du pétrole n'a pas poussé le pays au bord de la récession comme ici.

Le Canada a pu revenir à l'équilibre budgétaire après la crise de 2008 parce que le Parti conservateur a géré les finances de l'État avec prudence. Cela ne s'est pas fait sans mal, mais M. Harper a ainsi répondu aux attentes de la population. C'est tout à son honneur.

Mais l'atteinte de l'équilibre n'est pas un absolu. Il est plus important de pouvoir profiter d'une économie solide que d'un budget équilibré. Il faut avoir une vision de la nouvelle économie pour savoir quelles interventions auront un effet durable. Jusqu'ici, malheureusement, aucun des chefs n'a été en mesure d'exprimer une telle vision.

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