Les vrais tricheurs d'Ashley Madison

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) De l'extorsion, des ménages brisés, des réputations détruites, et maintenant des suicides. Le piratage du site de rencontres adultères Ashley Madison a déclenché une réaction en chaîne qui ne fait que commencer.

Mais les premiers responsables de ce désastre ne sont pas les voleurs qui ont publié les données. Ce sont les dirigeants de la compagnie, des apprentis sorciers irresponsables qui ont joué avec des forces qui les dépassaient. Des milliers d'abonnés, peut-être des millions, risquent de payer pour leur incompétence.

Avant même cette débâcle, quelques indices auraient dû sonner l'alarme chez les usagers. Ashley Madison accepte n'importe quelle demande d'ouverture de compte, sans vérifier si le demandeur utilise une adresse courriel qui lui appartient.

On peut donc s'inscrire sur le site avec l'adresse de n'importe qui. Rien d'alarmant, sauf que n'importe qui peut donc s'inscrire avec votre adresse, et vous ne le saurez pas. En effet, la compagnie ne se donne même pas la peine d'envoyer un courriel à l'adresse donnée pour valider l'inscription.

Et si vous réalisez que votre adresse a été utilisée frauduleusement, Ashley Madison vous oblige à payer 20 $ pour effacer le résultat de sa propre négligence. Comment ne pas lui faire confiance?

Mais la grande faiblesse d'Ashley Madison résidait dans son modèle d'affaires, qui repose sur la tricherie. Nous ne portons pas un jugement sur les usagers du site en disant cela. C'est l'entreprise elle-même qui catalogue ainsi ses propres clients : «Des milliers de maris et de femmes qui trichent» (thousands of cheating wives and cheating husbands).

Elle déclare au monde entier que ses clients sont des tricheurs, des menteurs. C'est une stratégie suicidaire. Quiconque s'inscrit sur le site se voit marqué au fer rouge, quelles que soient ses intentions.

Ce choix ne peut que lui créer des ennemis jurés parmi ceux et celles qui se verront, à tort ou à raison, comme les victimes des tricheurs. Il représente aussi un défi à tous les pirates du globe, conscients que les données ont un pouvoir, et une valeur, immense.

Les voleurs ont commis un crime en rendant ces données publiques. Ils ont mis en marche un mécanisme infernal. Un policier du Texas s'est enlevé la vie après avoir découvert que son adresse courriel se trouvait parmi le lot. Selon la police de Toronto, deux autres suicides seraient liés à ces révélations.

La banque de données peut être téléchargée par n'importe qui. La première conséquence de ce geste, c'est que désormais rien ne peut plus la faire disparaître. Quoi qu'on fasse, elle peut réapparaître n'importe où, n'importe quand.

Des entreprises offrent déjà la possibilité d'y fouiller pour rechercher des adresses courriel. N'importe qui peut demander n'importe quelle adresse afin de se livrer au chantage. Certaines de ces entreprises vont jusqu'à s'en charger elles-mêmes, en communiquant avec quiconque est identifié dans le contexte d'une de ces recherches, pour lui soutirer de l'argent.

Il y aurait eu près de 40 millions de comptes chez Ashley Madison. La majorité sont soit inactifs, soit frauduleux ou bien ce sont des comptes multiples pour une même personne. Le service était aussi utilisé par des réseaux de prostitution.

Cette entreprise, qui aspirait à faire son entrée en Bourse, n'est en réalité qu'un bric-à-brac mal foutu et, surtout, mal protégé. Elle doit assumer l'entière responsabilité pour ce qui reste, malgré tout, une des plus importantes fuites d'informations personnelles de la jeune histoire du Web.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer