Un accusé, mais plusieurs complices

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(Québec) Le premier ministre Stephen Harper l'a répété à plusieurs reprises, c'est le sénateur Duffy qui est accusé de fraude et d'abus de confiance, personne d'autre. Il a entièrement raison. Mais plus on en apprend sur cette cause, moins on comprend pourquoi le sénateur déchu est le seul qui fait face à des accusations.

La preuve entendue jusqu'ici démontre en long et en large les pressions exercées par le cabinet du premier ministre sur le sénateur Duffy. C'est important de le souligner parce qu'une partie des accusations de corruption, fraude et abus de confiance portées contre lui vise le chèque de 90 000 $ que lui a versé Nigel Wright.

Et Nigel Wright n'est pas accusé. Au début de 2014, le commissaire de la GRC Bob Paulson avait promis qu'il expliquerait «bientôt» pourquoi M. Wright n'était pas accusé. Il ne l'a pas encore fait.

Le témoignage qu'a livré Benjamin Perrin, ex-conseiller juridique du premier ministre, la semaine dernière contraste avec celui de Nigel Wright, avant lui. Ses souvenirs sont précis mais surtout, son propos démontre qu'il savait très bien où se trouvait la démarcation entre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas, sur le plan de l'éthique.

Là où M. Wright, ex-chef de cabinet du PM, tente de nous convaincre qu'il opérait dans une zone grise, Benjamin Perrin savait qu'ils venaient de franchir une ligne rouge. Et il n'était pas à l'aise avec cette décision.

Son témoignage change aussi la donne sur une question centrale. Le premier ministre pouvait-il ignorer les stratagèmes qui étaient orchestrés pour étouffer le scandale? Le mur qui isole M. Harper de ces tractations s'amincit avec chaque nouvelle révélation, au point où aujourd'hui, il n'en reste plus grand-chose.

M. Perrin se rappelle clairement que Ray Novak, actuel chef de cabinet, était présent lorsque Nigel Wright a confirmé avoir fait un chèque au profit de Mike Duffy.

Cette information ne vient pas d'apparaître dans le décor. M. Perrin en avait fait état dans la déclaration - assermentée - qu'il a faite en février 2014 pour les enquêteurs de la GRC. Il ne pouvait pas prévoir, à ce moment, l'importance que prendrait ce détail 18 mois plus tard.

Lundi, un autre conseiller de M. Harper, Chris Woodcock, a soutenu en cour qu'il n'avait pas lu un courriel que Nigel Wright lui avait envoyé, «pour toi seulement», où il disait avoir personnellement assumé les 90 000 $ réclamés à M. Duffy.

La semaine dernière, le Parti conservateur affirmait que Ray Novak non plus n'avait pas lu les courriels incriminants que lui avait envoyés M. Wright, ou qu'il s'était absenté des conférences téléphoniques où le chèque était mentionné. Ces explications sont de moins en moins crédibles.

Ray Novak et Chris Woodcock constituent ce mur qui est censé avoir isolé le premier ministre. Surtout M. Novak, qui a remplacé Nigel Wright comme chef de cabinet le 19 mai 2013, le jour où ce dernier a démissionné, une fois que son rôle dans l'affaire a été ébruité par le réseau CTV.

Si Ray Novak coule, le premier ministre coule avec lui, d'une certaine façon. En effet, si M. Novak était au courant du complot le 19 mai, comment aurait-il pu le cacher au premier ministre, et pourquoi celui-ci l'aurait-il alors choisi comme chef de cabinet?

Ce jour-là, le premier ministre disait accepter cette démission «avec grand regret». Quatre jours après que la nouvelle eut été dévoilée par CTV...

M. Harper a raison lorsqu'il qualifie d'absurde la comparaison entre cette affaire et le scandale des commandites. Le problème, c'est que ses explications sont tout aussi absurdes.

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