Pris à son propre piège

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(Québec) Rien ne pouvait mieux illustrer la saga entourant l'affaire Duffy que de voir Stephen Harper s'envoler pour une tournée dans le Grand Nord, la semaine dernière, au moment où son ex-chef de cabinet, Nigel Wright, témoignait dans le procès du sénateur Mike Duffy.

Qu'il ait voulu s'esquiver ou non n'y change rien. L'image d'un premier ministre qui tente de fuir une calamité illustre admirablement la gestion de cette affaire par son équipe, sous sa direction, cela ne fait aucun doute.

L'imputabilité n'est pas un concept élastique qu'on ajuste à sa guise. Des ministres ont perdu leur poste en raison d'erreurs commises par des employés de leur ministère. Tous les proches conseillers du premier ministre ont, à un moment ou un autre, été témoins ou participants d'une campagne orchestrée pour soustraire le sénateur de l'audit entrepris par la firme Deloitte, et lui éviter d'avoir à rembourser les sommes dues.

Tôt ou tard, il devra assumer la responsabilité qui vient avec le poste qu'il occupe. Sachant que ses principaux conseillers sont tous impliqués dans cette affaire, il ne peut plus espérer s'en laver les mains.

Dans l'un des courriels que l'avocat de Mike Duffy a repêchés, Nigel Wright disait à ses collègues qu'il fallait prendre les moyens de mettre fin au supplice de la goutte (chinese water torture), que constituait chaque nouvelle révélation sur les dépenses des sénateurs.

C'est maintenant la campagne électorale qui est devenue la salle de torture où le premier ministre, quel que soit l'événement ou le décor, est bombardé de questions sur les révélations qui s'additionnent quotidiennement.

Vendredi, en réponse aux questions de l'avocat de la défense, Nigel Wright lui-même a confirmé qu'au moins cinq proches de M. Harper savaient qu'il avait signé un chèque de 90 000 $ au profit du sénateur Duffy, avant que l'histoire éclate au grand jour.

Il a nommé l'avocat du Parti conservateur (Arthur Hamilton), le trésorier du parti (le sénateur Irving Gerstein), le conseiller juridique du premier ministre (Benjamin Perrin), son responsable des affaires parlementaires (Patrick Rogers) et son directeur de la gestion des dossiers (Chris Woodcock). Ajoutez à cette liste le nom de Ray Novak, actuel chef de cabinet, qui figure sur un courriel où M. Wright confirmait l'envoi du chèque.

C'est le 8 mars 2013 que Nigel Wright prend la décision d'assumer lui-même les sommes réclamées au sénateur. Le chèque est remis à l'avocate de Duffy le 25 mars, mais le 14 mai, un journaliste du réseau CTV révèle le subterfuge.

À ce moment-là, au moins cinq conseillers et peut-être six connaissaient, depuis plus de deux mois, l'existence de ce chèque.

Comment, dans ces circonstances, le premier ministre pouvait-il prétendre, comme il l'a fait le 5 juin 2013, que la décision de Nigel Wright «n'a jamais été communiquée ni à moi ni à un membre de mon cabinet»?

L'affaire n'aurait jamais pris les proportions qu'elle a aujourd'hui si le cabinet du premier ministre avait laissé le Sénat régler les irrégularités commises par certains de ses membres et faire le ménage qui s'imposait, sans ingérence.

En voulant souder sur cette marmite un couvercle, on en a fait une bombe. Chaque nouvelle machination pour étouffer l'affaire n'a fait que cimenter une complicité entre le bureau du premier ministre et un sénateur en disgrâce, et à laquelle il est désormais impossible d'échapper.

Après avoir nié les faits pendant si longtemps, le premier ministre a lui-même bloqué toutes les issues. Il est trop tard aujourd'hui pour faire marche arrière.

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