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Adultère, au pays de l'illusion

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(Québec) Des dizaines de millions de personnes ont été les victimes indirectes, cette semaine, d'un acte de piratage inusité. Le ou les voleurs disent avoir mis la main sur les données personnelles des 37 millions d'usagers d'un site de rencontres adultères, Ashley Madison.

Ce cambriolage virtuel attire l'attention d'abord en raison du thème sulfureux de l'adultère. Bien avant Internet, au début du siècle précédent, le clergé québécois déclarait la guerre au cinéma, craignant que ce nouveau medium sape nos valeurs morales sur le mariage, le sexe et la religion.

On n'est pas forcé de croire tout ce que nous dit Avid Life Media, la compagnie mère derrière Ashley Madison. Par exemple qu'Ottawa serait la capitale de l'adultère, avec 20 % de ses citoyens cherchant à tromper leur douce moitié par l'entremise de ses services.

Un : n'importe qui peut ouvrir un compte, sous n'importe quelle identité; et deux : une entreprise qui mise sur son image pour recruter des usagers cherche avant tout à donner une impression de succès. Alors, il n'y a certainement pas 37 millions d'époux qui tentent de sauter la clôture grâce à ses services. Plusieurs comptes sont créés par curiosité, ou par des gens qui ne sont pas mariés, ou des adolescents, sans oublier les usagers qui ouvrent plus d'un compte.

En novembre dernier, Ashley Madison prétendait être «le dernier bastion de sécurité d'Internet». Cette prétention a volé en éclat. C'était de la frime, de l'autopromotion qui ne fait qu'amplifier le tort causé à sa marque de commerce.

Le côté salace de cette histoire occulte un aspect plus préoccupant que les moeurs matrimoniales des internautes. Pouvons-nous vraiment confier nos secrets les plus précieux à des étrangers? Des clients d'Ashley Madison pensaient certainement que oui. Ils sont forcés, aujourd'hui, de remettre en question leur acte de foi.

Les données n'étaient pas cryptées, selon ce qu'on a pu apprendre, une négligence énorme de la part d'une compagnie dont le modèle d'affaires repose sur le secret.

Tant qu'on ne saura pas comment ce cambriolage a été exécuté, il sera impossible de savoir quelle faille de sécurité a été fatale. L'entreprise qui se retrouve dans une telle situation aurait avantage à être transparente, quitte à dévoiler les erreurs qui ont été ainsi exploitées. C'est la seule façon de convaincre ses usagers qu'elle prend les moyens nécessaires pour remédier au problème.

Internet est le royaume de l'illusion. Illusion de sécurité, d'intimité, d'anonymat. Il y a une caricature, aujourd'hui célèbre, publiée en 1993 - dix ans avant l'apparition de Facebook - qui disait que «dans Internet, personne ne sait que vous êtes un chien». Ce dessin voulait illustrer l'anonymat que procure la toile. Mais cette protection est de plus en plus illusoire.

Chacun de nos gestes laisse une trace numérique, dans un réseau cellulaire, chez un fournisseur d'accès, sur Facebook, chez les Google, Hotmail, Paypal et Lastpass; au FEQ, ici même au Soleil, sur LaPresse + comme chez Québecor.

Chaque fois que l'on ouvre un compte qui peut être relié d'une façon ou d'une autre à une identité numérique, chaque fois que l'on se sert de notre identifiant Facebook ou Google pour accéder à un autre service, nous répétons le même acte de foi que les usagers d'Ashley Madison.

Nous confions nos secrets à des inconnus, nous signons des contrats que 99,9 % d'entre nous ne prendrons jamais le temps de lire. Il ne faut pas avoir peur d'Internet pour autant, mais il faut apprendre à s'en méfier et ne pas placer toute sa confiance dans les mains de marchands d'illusion.

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