Le pays qui oublie son nom

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(Québec) Dans deux ans, on fêtera les 150 ans du «Canada». Pourquoi les guillemets? Pour souligner que bien des Canadiens ne savent probablement pas ce que le nom de leur pays signifie. Il vient du mot «kanata», qui désignait un «village» ou une bourgade dans la langue des Hurons ou des Iroquois. Il a été adopté par Jacques-Cartier pour désigner la région qui l'avait accueilli.

«Ontario» viendrait du mot Iroquois «kanadario», qui signifie eau scintillante. En furetant sur Internet, on apprend aussi qu'Adàwe était le nom d'une nation Anishinàbe. Les colons européens ont déformé le mot en «Outaouaks», avant de s'en servir pour désigner la ville d'abord connue sous le nom de Bytown, devenue Ottawa, capitale du Canada.

On aurait pensé que ce pays, qui a puisé dans la culture autochtone son nom, celui de sa capitale et celui de la province où elle se trouve, ferait une large part à cette même culture lorsqu'il s'agit de célébrer ses 150 ans.

Non.

Les projecteurs sont braqués sur la guerre de 1812, le jubilé de diamant de la Reine, les bicentenaires de naissance de sir George-Étienne Cartier et de sir John A. Macdonald, et ces jours-ci une campagne met en vedette la quête pour découvrir le passage du Nord-Ouest.

Une bande-annonce évoque l'expédition de Sir John Franklin, qui nous a laissé «un héritage de persévérance, d'exploration et d'innovation qui a contribué à forger notre Grand Nord d'aujourd'hui». Bien entendu, les Inuits ne sont que des témoins muets qui servent de décor, un fond de scène pour mettre en évidence les héros britanniques.

On y trouve quelques capsules vidéo sur l'histoire et la vie de l'Arctique, dont une seule porte sur «l'ingéniosité inuite».

L'ingéniosité de ce peuple, voyez-vous, se résume à l'usage qu'en a fait un explorateur, John Rae, qui adopta une grande partie de leur mode de vie. «Il portait des vêtements inuits, utilisait des canots, des raquettes et des traîneaux à chiens. C'était un chasseur habile qui pouvait s'autosuffire.»

C'est à s'arracher les cheveux. Le peuple qui a dompté un des environnements les plus hostiles de la planète, pendant des millénaires, réduit une fois de plus à un rôle de figurant, de faire-valoir d'une autre culture, orgueilleuse celle-là, qui aurait mieux fait de suivre l'exemple de John Rae.

Les membres de l'expédition Franklin ne sont pas les seuls à avoir payé de leur vie la maîtrise de cet espace que revendique aujourd'hui le Canada. Le mythe canadien du Grand Nord passe sous silence une autre saga, marquée par l'incompétence et le mépris, celle-là.

Au milieu des années 50, des dizaines de familles d'Inukjuak, sur la côte nord de la baie d'Hudson, ont été envoyées, sans plus de considération qu'on en aurait pour du bétail, à 2000 kilomètres plus au nord, à Grise Fiord et à Craig Harbour, sur l'île d'Ellesmere, ainsi qu'à Resolute Bay, sur l'île Cornwallis.

Elles ont été laissées là avec rien d'autre que des tentes pour se loger. Elles ont souffert du froid et de la faim pendant des années, et plusieurs y ont trouvé la mort. Ce cas, raconté par le site Web iqqaumavara.com, est le plus connu, mais des dizaines de «relocalisations», à travers le pays, ont déchiré des familles pour satisfaire aux caprices de fonctionnaires ou simplement pour occuper un territoire convoité par l'État.

Peu de choses ont changé en 150ans, trop peu. Ce qu'on s'apprête à célébrer, en 2017, ce n'est pas un pays, mais le mythe d'un pays, tel que vu à travers les yeux de ses colonisateurs.

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