Une faillite européenne

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(Québec) L'accord conclu entre la Grèce et l'Europe fait peut-être le bonheur des chefs politiques européens, mais leur joie risque d'être de courte durée. Les termes de cet accord reproduisent la logique des deux ententes précédentes, qui n'ont fait qu'empirer les choses. On vient simplement de déclencher un autre compte à rebours pour un quatrième psychodrame économico-politique.

Il a fallu plus d'un demi-siècle avant qu'un président admette la nécessité de changer la politique des États-Unis à l'endroit de Cuba, qui n'a rien donné. Combien de temps faudra-t-il avant que l'Europe s'ouvre les yeux et réalise que ce qui n'a pas marché ni la première ni la deuxième fois a de fortes chances d'échouer à nouveau?

Alexis Tsipras a joué avec les cartes qu'il avait en mains, c'est-à-dire à peu près rien. Il doit maintenant convaincre les siens que les termes de cet accord sont meilleurs que ce qu'ils étaient avant le référendum, où le non l'avait pourtant emporté par plus de 60 %. S'il échoue, il peut dire adieu à la politique. Son destin se jouera dans les prochaines heures, car les «réformes» imposées doivent être adoptées par son gouvernement dès mercredi.

Tout leader politique dans une position aussi précaire a besoin de boucs émissaires vers qui la colère peut être détournée. Il compte sur l'«oligarchie» grecque pour jouer le rôle de paratonnerre politique, dans la joute qui s'amorce. «Cette fois-ci, ceux qui ont évité de payer - qui étaient jusqu'ici protégés par l'ancien gouvernement - devront payer à leur tour. Eux aussi devront assumer leur part du fardeau», déclarait le premier ministre lundi matin. 

Il semble pourtant que les hausses de taxes, les réductions aux pensions et la libéralisation du marché du travail feront avant tout mal aux citoyens qui ont été les premiers à souffrir, jusqu'ici, des politiques d'austérité imposées par l'Europe, qui se plie aux diktats de l'Allemagne.

Tsipras pourrait malgré tout tirer son épingle du jeu. Les Grecs ne sont pas tous dupes. Plusieurs réalisent que cette entente n'est rien d'autre que le résultat d'un chantage politique et que leur premier ministre a fait tout en son pouvoir pour tenir tête aux puissances économiques européennes. On ne pouvait pas en dire autant de ses prédécesseurs.

Les problèmes de l'Europe ne se résument pas seulement à la Grèce. D'autres pays doivent eux aussi assumer une dette égale à 100 % ou plus de leur PIB (produit intérieur brut). L'Italie, l'Irlande, la Belgique et le Portugal réclameront pour eux aussi la moindre concession faite à Athènes. 

Un problème aussi complexe ne peut pas se résoudre par une solution simpliste. Les décisions politiques, quelles qu'elles soient, en matière de finances publiques doivent reposer sur des bases économiques, et ce n'est pas le cas ici. L'entente intervenue dimanche est une décision politique maquillée en mesure économique, comme une autruche qu'on espère voir voler...

Même si d'autres pays sont lourdement endettés, la situation de la Grèce est unique en Europe. Aucun autre pays du Vieux Continent n'a vu son économie s'effondrer comme c'est le cas en Grèce. Le produit intérieur brut, en termes réels, a perdu près de 30 % depuis 2008, trois fois plus que les autres pays les plus endettés. 

Alexis Tsipras a eu tort de croire que les dirigeants européens reconnaîtraient leur erreur et seraient prêts à s'engager dans une autre voie. Ce n'est pas juste la Grèce qui est en faillite. C'est aussi l'Europe.

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