Réconciliation : la loi du plus fort

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(Québec) Réglons d'abord une chose. Le gouvernement Harper ne donnera pas suite aux travaux de la Commission de vérité et réconciliation (CVR). Jamais.

M. Harper passera à l'histoire pour le geste historique qu'il a posé en 2008, lorsqu'il a présenté des excuses aux survivants des pensionnats. Mais ses positions restent néanmoins aux antipodes de la philosophie exprimée dans le rapport, elle-même en droite ligne des travaux de la Commission royale sur les peuples autochtones.

Les deux commissions demandent l'abandon de la doctrine de la «découverte» et du principe de «terra nullius», à l'origine de la souveraineté du Canada. Les deux demandent aussi que l'existence des peuples autochtones en tant que nations soit reconnue et se traduise par la reconnaissance de pouvoirs qui sont non pas «délégués» par le fédéral mais bien inhérents à toutes les nations.

La CVR demande en plus d'adopter la Déclaration des Nations Unies sur les peuples autochtones, alors qu'Ottawa refuse d'être lié par les principes qui y sont établis.

Ces recommandations sont autant de changements de paradigme auxquels l'État canadien n'est pas prêt.

D'autres recommandations peuvent par ailleurs - et devraient - être mises en place rapidement, pour améliorer la reddition de compte. Le rapport Sinclair demande aux autorités responsables de faire état, une fois l'an, de l'évolution de plusieurs indicateurs qui témoignent des progrès ou des reculs des communautés, à partir d'indicateurs précis sur l'éducation, la pauvreté, l'emprisonnement, la prise en charge des enfants par les services sociaux. La performance pitoyable de M. Valcourt en Chambre sur ces questions, récemment, ne donne que plus de poids à ces demandes.

Certains reprochent à la CVR d'avoir répété le travail fait en 1996 par la Commission royale, mais comment peut-il en être autrement? Ses recommandations n'ont jamais été mises en oeuvre par les gouvernements qui se sont succédé depuis. Ces demandes légitimes ne vont pas disparaître simplement parce qu'elles déplaisent aux héritiers du régime colonial.

S'il existait une volonté politique de donner suite aux travaux de la commission présidée le juge Murray Sinclair, elle se serait déjà manifestée. En son absence, présumer des intentions d'Ottawa est une perte de temps. La seule question qui importe, c'est jusqu'où sont prêtes à aller les Premières Nations pour obtenir justice? Car la justice ne viendra pas jusqu'à elles.

C'est l'alternative à laquelle les leaders autochtones sont confrontés, en raison de l'entêtement et de l'étroitesse de vues des gouvernements, tous partis confondus, incapables de relever le défi qui leur échoit. Si ces administrations ont pu, depuis 1996, ignorer l'esprit et la lettre des recommandations de la Commission royale, c'est parce que cet échec ne leur coûte rien, politiquement. C'est cela qui doit changer. Il doit y avoir un prix politique à payer pour ainsi perpétuellement refuser de corriger les injustices dont notre pays s'est rendu coupable envers les premiers occupants de ce continent.

Les nations autochtones n'ont d'autre choix que d'intensifier la pression sur les partis politiques pour obliger ceux-ci à prendre des engagements. La campagne électorale en cours offre une fenêtre unique dont il faut profiter à tout prix. Ça ne se représentera pas de sitôt.

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