Un mythe qu'il faut détruire

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(Québec) Nous publions deux éditoriaux sur le rapport que vient de déposer la Commission de vérité et réconciliation du Canada, sur les pensionnats autochtones. Jeudi: la vérité. Et samedi: la réconciliation.

Quand la juge en chef de la Cour suprême, Beverley McLachlin, a évoqué un «génocide culturel» pratiqué par le Canada, elle voulait nous préparer au verdict que s'apprêtait à rendre la Commission vérité et réconciliation quelques jours plus tard.

Aucun autre mot ne saurait éveiller les consciences à l'ampleur des politiques du gouvernement canadien à l'endroit des peuples autochtones; à la dévastation qu'elles ont causée et dont l'onde de choc continue de se propager aujourd'hui, comme les vagues d'un océan.

Avant même la création des premiers pensionnats, en 1880, les membres des Premières Nations n'étaient, dans les textes de loi, que des «sauvages» qui devaient être «civilisés».

Les politiques des pensionnats ont été forgées dans cette mentalité colonialiste, le sentiment de supériorité des colons européens. À partir de 1920, la loi obligera tous les enfants autochtones, dès l'âge de quatre ans - songez-y : quatre ans - à quitter leur famille et leur communauté pour être pris en charge par un système d'éducation mal foutu, sous-financé, où ils seront maltraités, mal nourris, battus, abusés, et où plusieurs mourront sans que leur famille en soit informée.

Les chiffres cités par la commissaire Marie Wilson glacent le sang. Pour un tiers des 3200 décès recensés par la Commission, aucun nom n'est enregistré. Aucune cause du décès n'est donnée dans la moitié des cas, et le quart de ces dossiers ne dit rien sur le sexe de l'enfant.

Cela s'est étendu sur sept générations. Un témoin a déclaré aux commissaires que, de tous les ancêtres dont il a le souvenir, il est le premier à pouvoir élever lui-même ses propres enfants.

La vérité, c'est que le Canada a suivi, pendant plus d'un siècle, une politique inhumaine, conçue et administrée dans le but d'éradiquer la culture d'un peuple, sa langue, sa religion et sa mémoire, autant de choses jugées sans valeur.

C'est bien de génocide dont on parle. Le temps est venu d'appeler les choses par leur nom, de réécrire l'histoire qui donne, à ce peuple, une place aussi petite que sa présence sur le continent est longue. Elle se mesure en millénaires, alors que le Canada n'a pas encore célébré ses 150 ans.

Cette vérité sape les fondements du mythe canadien. Comme d'autres colonies britanniques, le Canada s'est construit sur une profonde injustice, qui se répercute toujours sur les conditions de vie de ces communautés.

Une politique qui s'étend sur près d'un siècle, dont les racines vont bien au-delà de la confédération, n'est pas un «épisode» de l'histoire du Canada. Elle est notre histoire.

Le rapport présenté par le juge Murray Sinclair nous oblige à admettre qu'une dimension de cette histoire est en contradiction avec l'image que nous avons bâtie de nous-mêmes. C'est une étape nécessaire pour rompre avec l'héritage de cette discrimination, qui transpire encore dans la façon dont notre histoire est enseignée.

L'ignorance du contexte historique produit des politiques mal ciblées, mal conçues, qui ne font qu'alimenter les préjugés et la méfiance mutuelle. Ce rapport peut changer les choses, car il expose les racines du problème. Mais l'image du ministre Bernard Valcourt, cloué à son siège pour exprimer le refus de son gouvernement d'enquêter sur les meurtres et disparitions des femmes autochtones, montre que tous ne sont pas prêts à cette prise de conscience.

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