La quantité négligeable

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(Québec) Les ministres choisissent soigneusement le moment d'une annonce. Ce n'est pas un accident si Leona Aglukkaq, ministre fédérale de l'Environnement, a choisi le vendredi précédant la longue fin de semaine de la fête de la Reine (fête des Patriotes au Québec), pour annoncer la cible que se fixe le Canada en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES).

On pouvait déjà conclure que 1. elle ne voulait pas répondre à des questions, et 2. cela ne constitue pas la priorité de son gouvernement. En effet, après moins de 10 minutes de questions, la ministre a littéralement pris ses jambes à son cou quand un journaliste a voulu savoir si le Canada prévoyait acheter des crédits d'émissions sur le marché international. «Merci d'être venus», a-t-elle bredouillé avant de s'éclipser, dans une grande démonstration d'imputabilité ministérielle.

Le Canada se donne comme cible, pour 2030, de ramener ses émissions de GES à 30 % sous les niveaux de 2005. Comment prendre ce chiffre au sérieux quand on sait déjà que la cible de Copenhague (17 % de moins qu'en 2005, en 2020) ne sera pas atteinte? Comment le Canada sera-t-il capable de doubler la mise, 10 ans plus tard?

Lorsqu'on lui demande quels sont les moyens qu'elle entend prendre, Mme Aglukkaq parle de tout sauf de la principale source d'émissions, le secteur pétrolier. On croirait parfois entendre un perroquet, répétant les clichés du communiqué de presse : les objectifs sont «ambitieux», nous préconisons une approche «secteur par secteur», nous sommes «alignés avec les pays industrialisés». La ministre semble croire qu'il suffit de prononcer ces mots pour qu'ils deviennent une réalité.

De toute façon, le sujet laisse le premier ministre totalement indifférent. Celui-ci n'en avait, en fin de semaine, que pour l'anniversaire de la «reine du Canada», avec une vénération plus digne d'une colonie que d'un pays. M. Harper est beaucoup plus préoccupé par la longévité du règne de Sa Majesté Élisabeth II que par celle de notre écosystème.

Un des arguments que son administration utilise ad nauseam est que le Canada génère moins de 2 % des gaz à effet de serre sur le globe. On évite soigneusement de rappeler que ce petit 2 % représente l'équivalent d'une population cinq fois plus grande que la nôtre.  

Les émissions canadiennes de GES ne sont pas une quantité négligeable. Notre leadership dans ce domaine, par contre, en est une.

Pendant que la Maison-Blanche signe des accords avec la Chine, le Mexique, Ottawa se complaît dans le rôle du spectateur. Il ne s'agit pas d'être dupes des engagements que prennent les autres pays. L'histoire nous montre que les réalisations sont rarement, sinon jamais, à la hauteur des attentes. On a toutes les raisons de se préparer au pire, et rapidement.

Si le but du gouvernement était de fixer des objectifs réalistes, ceux que Mme Aglukkaq a annoncés, à défaut de faire l'unanimité, auraient au moins le mérite d'être crédibles. Mais Ottawa ne peut même pas invoquer cet argument.

Cela fait plus de huit ans que le gouvernement de M. Harper a promis qu'il réglementerait le secteur pétrolier. Le premier ministre utilise maintenant la chute des prix du baril de pétrole pour justifier ces années d'inaction, pendant lesquelles ces mêmes prix atteignaient des sommets.

Le leadership repose d'abord sur la crédibilité et celle du Canada, malheureusement, est nulle. Nous avons dilapidé notre capital sous le règne conservateur, et il faudra des années pour le reconstruire, si même on en avait l'intention.

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