Le bois de la charpente

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Après avoir été défendu par tout le caucus libéral, le candidat Éric Tétrault a dû se retirer de la course dans la circonscription de Louis-Hébert à la suite de la publication d'informations indiquant qu'il a fait l'objet d'une enquête pour harcèlement psychologique.

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(Québec) ÉDITORIAL / Les histoires de harcèlement psychologique ne doivent jamais être prises à la légère. Mais ce n'est pas tant le fond de l'«affaire Tétrault» qui nourrira le plus le cynisme ambiant. C'est ce sans-gêne avec lequel les partis et les politiciens, du moins plusieurs d'entre eux, font si souvent semblant de rien jusqu'à ce qu'ils soient contraints de se dédire.

Cette semaine, La Presse a révélé que le candidat libéral dans Louis-Hébert, Éric Tétrault, avait fait l'objet d'une enquête externe chez un employeur passé, la minière Arcelor-Mittal, où il fut directeur aux affaires publiques jusqu'en 2014. M. Tétrault était accusé de harcèlement psychologique par des employés. Aucune plainte formelle n'a été déposée contre lui, mais le rapport externe ne le décrivait pas exactement comme un patron modèle, c'est le moins qu'on puisse dire. L'auteur du rapport a décrit le comportement de M. Tétrault comme intolérable, soulignant qu'il dénigrait ses employés, leur manquait de respect et pourrissait le climat de travail. Il aurait contribué significativement au départ en congé de maladie de trois employés.

En soi, c'est déjà bien triste. Mais du point de la méfiance envers la classe politique, le plus dommageable n'est arrivé qu'après les révélations de La Presse.

Il y a un modus operandi qui se répète continuellement, en politique, lorsque des crises de ce genre éclatent. On commence par nier le problème, puis on ne fait rien en espérant que les médias et la population passent à autre chose. Ce n'est que si la tempête refuse de se calmer que l'on se résout enfin à agir - et encore, on le fait en prétendant que c'est par sens du devoir alors qu'encore la veille, on faisait toujours mine de regarder ailleurs.

C'est en plein ce qui s'est passé dans le cas Tétrault. Le principal intéressé s'est tout d'abord borné à dire : «Écoutez, aucune plainte n'a été retenue contre moi». Il a également affirmé qu'il ne «se souvenait pas» si l'enquêteur externe engagé par ArcelorMittal, qu'il avait rencontré après la livraison de son rapport, lui avait fait état des témoignages de ses employés - les faits ne remontent qu'à 2014, imaginez la mémoire, vous...

Dès le lendemain, l'ex-président de MEQ a soudainement jugé bon de présenter ses excuses publiques pour son comportement «inacceptable», mais il n'a pas été capable de se souvenir s'il s'était excusé auprès des employés concernés en 2014. Plusieurs ministres libéraux se sont malgré tout portés à sa défense. Pierre Moreau a affirmé qu'il n'y avait «pas de témoignage qui vient accréditer les allégations» - alors que le rapport externe commandé par ArcelorMittal en était plein. Francine Charbonneau a pour sa part parlé d'une «ancienne vie» (2014!). Et ainsi de suite, jusqu'à ce que le premier ministre Philippe Couillard affirme que «tout le monde» au PLQ convenait que M. Tétrault devait se retirer.

Bref, «tout le monde» a d'abord tenté de s'en tirer à bon compte. Et notons à cet égard qu'un scénario semblable s'est produit à la CAQ cette semaine : son candidat dans Louis-Hébert, Normand Sauvageau, a été poussé à la retraite en 2016 à cause d'allégations de harcèlement, lui aussi, mais ce n'est qu'après l'appel d'un journaliste à ce sujet qu'il s'est retiré de la course.

C'est un grand classique des «communications publiques». Et le fait est que la stratégie fonctionne souvent, car il est vrai que le public et les journalistes ont tendance à passer rapidement à autre chose. Mais le résultat à long terme est que l'électeur moyen voit continuellement des politiciens nier des évidences et se dédire le lendemain. Ce qui, dans une démocratie, équivaut à se chauffer en brûlant le bois de la charpente...




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