La mauvaise cible

Tant qu'il y aura une demande pour le... (La Presse Canadienne)

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Tant qu'il y aura une demande pour le pétrole - ou, plus généralement, les hydrocarbures -, il y aura des gens pour en produire, et d'autres pour bâtir tous les pipelines (ou les voies ferrées) qu'il faut pour l'amener jusqu'aux acheteurs, qui le brûleront.

La Presse Canadienne

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(Québec) ÉDITORIAL / Dans un contexte de lutte contre les changements climatiques, personne ne peut se réjouir de l'approbation, par le fédéral cette semaine, de deux projets de pipelines qui permettront d'augmenter les quantités de pétrole albertain qui seront exportées. Mais contrairement à ce que laissent croire les réactions épidermiques qu'ont eues les milieux environnementalistes et nombre de commentateurs, cela ne sonne pas le glas des ambitions environnementales du Canada. Car le coeur du problème, ce sont les hydrocarbures eux-mêmes, pas leur provenance.

Mardi, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que le fédéral autoriserait deux projets de pipelines à aller de l'avant : l'agrandissement du pipeline Trans Mountain, qui amènera 890 000 barils de pétrole (bpj) par jour (contre 300 000 à l'heure actuelle) de l'Alberta jusqu'à la région de Vancouver, et le remplacement d'un autre pipeline existant, la ligne 3 d'Enbridge, entre Edmonton et le lac Supérieur, ce qui lui fera retrouver sa capacité de transport originale de 760 000 bpj (contre 390 000 à l'heure actuelle, à cause de son vieillissement). Le fédéral a du même coup rejeté un autre projet d'oléoduc, le Northern Gateway.

Les réactions étaient fortement prévisibles. L'Alberta, qui produit plus de pétrole que les infrastructures de transport ne peuvent en acheminer, ce qui déprime les prix au centre du continent, s'en est réjouie. Et hors de l'Alberta, militants, politiciens et commentateurs ont presque unanimement condamné la décision, en disant que cela contredisait les engagements canadiens en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES) et qu'Ottawa avait choisi «les emplois plutôt que l'environnement».

Cela nous semble toutefois être une lecture extrêmement idéologique des choses. S'il est vrai que le pétrole des sables bitumineux émet plus de GES que le pétrole conventionnel, la différence n'est pas grande - 18 à 20 % de plus, grosso modo, quand on tient compte de toutes les étapes de l'extraction jusqu'à la combustion du produit fini. Il s'agit, certes, d'un surplus de CO2 dont on n'a pas besoin, au contraire, mais le fait qu'il soit relativement faible démontre une chose : la provenance du pétrole est une question secondaire. D'où qu'il vienne, c'est sa combustion qui génère le plus de GES, et de loin.

Or tant qu'il y aura une demande pour le pétrole - ou, plus généralement, les hydrocarbures -, il y aura des gens pour en produire, et d'autres pour bâtir tous les pipelines (ou les voies ferrées) qu'il faut pour l'amener jusqu'aux acheteurs, qui le brûleront. C'est donc cette demande qu'il faut réduire, et ce n'est pas en bloquant des projets d'oléoduc qu'on y parviendra. Comme le disent et le répètent depuis longtemps des économistes comme Pierre-Olivier Pineau, des HEC, la construction d'un nouveau pipeline ne crée pas de nouveaux clients pour les pétrolières.

La solution est de mettre un prix sur le carbone que l'on envoie dans l'atmosphère, que ce soit par un système de plafonnement et d'échange comme celui du Québec, de l'Ontario et de la Californie, ou en fixant un prix plancher comme le fédéral le fera à partir de 2018. On peut critiquer ces mesures en disant qu'elles n'imposent pas un prix suffisamment élevé sur le carbone pour faire une différence significative. Et il est vrai que divers experts (dont ceux des Nations Unies) estiment qu'il faudrait un prix d'au moins 100 $ la tonne de CO2 d'ici 2020 pour garder le réchauffement sous les 2 °C, ce qui est beaucoup plus que le plancher imposé par Ottawa, de 50 $ la tonne en 2022.

Sans doute ont-ils raison. Mais cela signifie que c'est sur ce clou-là qu'il faut cogner. Pas sur des épiphénomènes comme les pipelines.

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