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Jean-François Lisée, le chef du Parti québécois... (Jacques Boissinot, Archives La Presse canadienne)

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Jean-François Lisée, le chef du Parti québécois

Jacques Boissinot, Archives La Presse canadienne

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(Québec) ÉDITORIAL / Il y a beaucoup de belles idées dans le document que le Parti québécois a rendu public jeudi sur l'«identité» et l'immigration. Mais pour quelqu'un qui assurait à La Presse, tout récemment, qu'il voulait reléguer ces enjeux au second plan, Jean-François Lisée met un drôle d'empressement à secouer le vieil épouvantail des symboles religieux. D'autant plus que cela risque de s'avérer contre-productif pour l'intégration d'une partie des immigrants, qu'il décrit pourtant comme son objectif premier.

Hier, flanqué des députés Maka Kotto, Agnès Maltais et Carole Poirier, M. Lisée a présenté la nouvelle position de son parti en matière d'immigration et d'accommodements religieux - un thème qui avait créé beaucoup de tension au sein du PQ lors de la course à la chefferie. À peine élu, début octobre, le nouveau dirigeant péquiste avait annoncé son intention de chercher un «équilibre» entre ses positions plutôt rigides et celles, plus ouvertes, de son adversaire Alexandre Cloutier. Et le terme «équilibre» est revenu plusieurs fois hier, en point de presse.

Plusieurs de ses propositions, disons, pourraient faire une belle différence dans l'intégration des immigrants, bien que certaines risquent de s'avérer plus faciles à énoncer qu'à mettre en pratique. Des mesures favorisant l'emploi comme la négociation d'ententes de reconnaissance réciproque des compétences professionnelles avec la Tunisie, le Maroc et l'Algérie pourraient finalement mettre fin à la situation absurde et injuste qui prévaut présentement, qui consiste à sélectionner des immigrants hautement qualifiés pour ensuite refuser de reconnaître leurs diplômes - et les pousser vers des emplois peu qualifiés. Bonifier la francisation tombe également sous le sens, tout comme le souhait d'une plus grande diversité dans la fonction publique québécoise, encore qu'il faudra ici attendre le détail concret pour juger. Mais M. Lisée n'a malheureusement pas résisté à la tentation de raviver, encore une fois, de fausses craintes à propos de soi-disant dangers qui pèseraient sur la laïcité de l'État et de la société québécoise. Il serait ainsi «urgent», selon lui, d'avoir des «règles claires» sur le port de signes religieux, urgent d'en interdire le port aux gens en position d'autorité comme les juges et les policiers, et urgent d'élargir, étrangement, cette notion de «position d'autorité» aux enseignants du primaire et du secondaire - ainsi que potentiellement aux éducatrices du préscolaire, mais le PQ renvoie cette question à un futur «comité».

Il serait aussi devenu «urgent», tout à coup, d'examiner une éventuelle interdiction de la burqa et du niqab non seulement par les fonctionnaires, mais dans tout l'«espace public». Si les organismes publics croulaient sous les demandes d'accommodement religieux ou si des accommodements farfelus étaient accordés sur une base régulière, il presserait effectivement d'encadrer la pratique. L'ennui, c'est que nous avons eu la commission Bouchard-Taylor qui, il y a quelques années, a sillonné le Québec pour voir si nous avions vraiment un problème d'accommodement religieux. Et sa principale conclusion était très claire : non, dans l'ensemble, ces accommodements se font sans heurt. Seulement, l'opinion publique a été alertée par quelques cas montés en épingles, et souvent déformés. Puis des politiciens ont cru bon de surfer sur ces mythes.

Contrairement à ce que semble penser M. Lisée, souffler le chaud et le froid n'est pas un signe d'«équilibre». Quelles que soient ses intentions, le PQ n'aidera l'intégration de personne en entretenant des peurs identitaires fondées sur du vent. Et il n'aidera pas plus les femmes musulmanes à travailler en créant des obstacles devant un secteur aussi important que l'enseignement. Bien au contraire.

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