Churchill Falls: le risque et les profits

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(Québec) ÉDITORIAL / Il y a un vieux principe, en affaires, qui veut que dans un partenariat, la part des profits doit être à peu près proportionnelle au risque encouru et que si un des partenaires assume presque tous les risques, il n'est que normal qu'il empoche presque tous les profits. Que nos voisins terre-neuviens fassent mine de l'oublier quand ils discutent de Churchill Falls peut, à la limite, se comprendre. Mais les politiciens québécois?

Cette semaine, le chef caquiste, François Legault, a évoqué la possibilité de rouvrir l'entente de 1969 sur ce barrage du Labrador, dans la mesure où le Québec y trouverait son compte. Le ministre des Ressources naturelles Pierre Arcand a lui aussi laissé flotter cette hypothèse, disant vouloir «enterrer la hache de guerre» avec Terre-­Neuve. Le gouvernement libéral a beau avoir refermé cette porte immédiatement après, le simple fait d'y songer sérieusement relève soit d'une méconnaissance de l'histoire, soit d'une volonté de bien paraître qui flirte avec l'à-plat-ventrisme. Car il n'y a aucune raison de renégocier ce contrat, si impopulaire soit-il au Canada anglais.

Soit, quand on ne regarde que le prix payé par Hydro-Québec depuis les années 70 - et ce, jusqu'en 2041 -, on peut avoir l'impression d'une profonde injustice : un quart de cent le kilowattheure, autour de 40 fois moins que le coût de revient d'un projet électrique qui se mettrait en branle de nos jours. Même dans le marché de l'énergie des années 60, c'était une aubaine.

Mais Churchill Falls était un projet isolé et éloigné. Pour pouvoir emprunter les sommes nécessaires à sa construction, il fallait avoir l'assurance d'un débouché important. Or personne ne voulait construire de grande usine au Labrador et, à l'extérieur du Québec, personne ne voulait s'engager à long terme à acheter une électricité qu'il faudrait transporter sur quelque 1000 kilomètres ou plus. Le seul gros acheteur potentiel, c'était Hydro-Québec.

Les pourparlers furent longs et ardus, mais les deux parties se sont réjouies du résultat, à la signature de l'entente. Celle-ci prévoyait qu'Hydro-Québec achèterait à peu près 90 % de l'électricité de Churchill Falls pour des décennies à un prix, certes, très avantageux et fixé pour longtemps, mais qui permettait à Terre-Neuve de construire son barrage profitablement. À cette époque où l'industrie naissante du nucléaire laissait entrevoir une abondance d'énergie à bon marché, il n'était pas évident que les prix de l'électricité augmenteraient comme ils l'ont fait par la suite. En outre, la société d'État québécoise accordait différentes formes de garantie de prêts et s'engageait à payer un tarif majoré si le projet dépassait son budget, notamment.

Bref, ce projet n'aurait jamais vu le jour sans Hydro-Québec et c'est le Québec qui a assumé presque tous les risques. Il n'y a rien d'immoral à ce qu'il engrange maintenant presque tous les profits. Certes, il semble y avoir eu une période de négos, à la fin des années 60, où Hydro-Québec aurait profité d'une position financièrement vulnérable des partenaires impliqués (le privé était présent, à ce moment) pour obtenir des conditions encore plus avantageuses, mais cela n'a pas fait changer énormément les termes du contrat.

On voit très mal en quoi il est utile de proposer de rouvrir l'entente. Même si cela faisait partie d'une négo plus large, les compensations au Québec devraient être énormes. Or si Terre-Neuve refuse toujours d'admettre la légitimité du contrat malgré ses 17 (dix-sept!) recours judiciaires perdus sur Churchill Falls, l'idée de grosses compensations ne lui plaira logiquement pas plus. Mais rendu là, c'est son problème...

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