Un projet indéfendable

Le promoteur immobilier d'un projet de 100 habitations... (Photothèque Le Soleil)

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Le promoteur immobilier d'un projet de 100 habitations à Brossard dont l'objectif serait d'attirer des familles de confession islamique, a nié que des acheteurs seraient exclus sur une base religieuse expliquant vouloir plutôt favoriser une vie communautaire inspirée du Coran où les voisins tisseraient entre eux des liens «plus serrés» que ce qu'on voit souvent dans les villes occidentales.

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(Québec) ÉDITORIAL / Quelles qu'en soient les intentions de départ, le projet de construire un microquartier qui serait plus ou moins réservé aux musulmans, sur la rive sud de Montréal, est tout simplement indéfendable. Mais il soulève aussi des questions importantes sur les relations inutilement tendues qu'entretiennent beaucoup de Québécois avec l'Islam.

Lundi, Radio-Canada révélait qu'un promoteur immobilier de la région métropolitaine, Nabil Warda, prépare un projet de 100 habitations dont l'objectif serait d'attirer autant de familles de confession islamique. Le principal intéressé a nié que des acheteurs seraient exclus sur une base religieuse - ce qui serait illégal de toute manière -, expliquant vouloir plutôt favoriser une vie communautaire inspirée du Coran où les voisins tisseraient entre eux des liens «plus serrés» que ce qu'on voit souvent dans les villes occidentales. La question des prêts avec intérêts semble également occuper une place centrale dans le projet, à en juger par les entrevues que M. Warda a données, puisque certaines interprétations de l'islam les considèrent comme de l'«usure» et interdisent à la fois de prêter et d'emprunter avec intérêts.

Il n'y a rien de mal, disons-le, à chercher des adaptations qui permettraient à tout le monde, toutes interprétations religieuses confondues, d'accéder à la propriété. Mais il nous semble que s'il y a un trou dans l'offre hypothécaire au Québec, la solution doit passer par les institutions bancaires ou les gouvernements, pas par des projets immobiliers visant un groupe ethnique ou confessionnel en particulier. Car peu importe par quel bout on prend cet épisode, il n'y a aucune façon d'espérer qu'il aidera à l'intégration de ces familles à la société québécoise. C'est indiscutablement l'inverse que ce projet propose. 

Or si l'idée de base nous apparaît clairement mauvaise, il faut se garder de jeter la pierre au promoteur et à ses clients musulmans. Car il y a des raisons qui peuvent pousser un groupe ethnique à se replier sur lui-même. Si des quartiers chinois, par exemple, ont poussé dans toutes les grandes villes nord-américaines aux XIXe et XXe siècles, ce n'était pas seulement à cause de cette tendance universelle de se rassembler entre semblables, mais aussi beaucoup parce que la majorité blanche ne voulait pas vivre avec eux. Idem des quartiers noirs, aux États-Unis et ailleurs. Idem de certaines banlieues islamisées et radicalisées d'Europe.

Ce n'est pas un hasard non plus si l'on entend des histoires d'autochtones, au Québec, qui demandent aux conjoints blancs de certains des leurs de quitter les réserves : à force d'être rejetés et discriminés, un groupe, ou du moins certaines de ses franges, finit immanquablement par se braquer. Cela reste laid, cela reste problématique, cela reste inacceptable et raciste. Mais il n'en demeure pas moins que ces réflexes de repli ont des causes très claires, qui devraient interpeller la majorité. Dans le cas du projet de M. Warda, au-delà de l'aspect irritant qu'il peut avoir, il faut se poser la question : en sommes-nous là? Compte tenu du climat de méfiance, quand ce n'est pas d'hostilité ouverte, qui prévaut au Québec à l'égard de l'Islam, il ne serait pas particulièrement étonnant que certains de nos concitoyens musulmans peinent à voir où est leur place parmi nous, ni difficile de comprendre pourquoi une certaine forme de repli sur eux leur apparaît si attrayante.

En ce sens, si mauvais que soit ce projet immobilier, on ne réglera pas grand-chose en se contentant de le bloquer. Si la société québécoise tient tant à éviter la ghettoïsation, elle doit s'attaquer aux racines du mal. Quitte à se regarder froidement dans le miroir et à travailler sur elle-même.

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