La chasse aux sources

Le cellulaire du journaliste Patrick Lagacé de La Presse a été... (Photothèque Le Soleil)

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Le cellulaire du journaliste Patrick Lagacé de La Presse a été sous surveillance pendant cinq mois, 24 heures sur 24 par le Service de police de la Ville de Montréal.

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(Québec) ÉDITORIAL / La surveillance policière du téléphone de Patrick Lagacé, chroniqueur à La Presse, est extrêmement troublante à plusieurs égards. Son cas illustre l'obsession malsaine et déplacée pour les fuites médiatiques qui semble se répandre dans plusieurs corps policiers et ailleurs dans l'appareil d'État. Et il n'est que le dernier d'une trop longue série d'histoires du même genre.

Lundi matin, La Presse révélait que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a obtenu plusieurs mandats sur le cellulaire de M. Lagacé, permettant de le géolocaliser en permanence et de connaître tous (tous!) ses numéros entrants et sortants. Au cours d'une investigation interne, les enquêteurs ont réalisé qu'un policier visé par des accusations de fabrication de preuve, Fayçal Djeliji, avait déjà contacté M. Lagacé. C'est pour en savoir plus sur cette fuite possible qu'ils ont placé le téléphone du journaliste sous surveillance pendant cinq mois, 24 heures sur 24.

Au rayon des inquisitions déplacées, il est difficile de trouver pire. On ne parle pas, ici, d'un journaliste qui s'assoit sur des informations qui aideraient à résoudre un crime crapuleux. Non : on parle de traquer des sources médiatiques, on parle de mobiliser les moyens d'enquête exceptionnels dont dispose la police pour des questions de relations de presse.

Dans toute démocratie digne de ce nom, des pouvoirs exceptionnels viennent avec une attention particulière des médias. Et c'est précisément cette notion que le SPVM, entre autres, refuse apparemment d'accepter. Pour débusquer des affaires de corruption, d'inconduite ou d'autres scandales, les journalistes doivent souvent faire appel à des sources anonymes, c'est-à-dire des gens bien placés pour «savoir», mais qui risquent de subir de lourdes conséquences si leurs patrons apprennent qu'ils ont parlé aux médias. Il s'agit là d'un maillon fondamental dans la chaîne qui transmet l'information jusqu'à monsieur et madame Tout-le-Monde.

Or qui acceptera de sonner l'alarme si l'anonymat des sources journalistiques n'est pas bien protégé? Il y a fort à parier que beaucoup de whistleblowers potentiels du SPVM sont soudainement devenus très frileux maintenant qu'ils savent que leur corps de police épie les cellulaires de journalistes.

Et il n'est pas déraisonnable de penser que cet «effet douche froide» puisse s'étendre ailleurs. Car l'aspect le plus choquant de cette histoire est que le cas Lagacé est loin d'être le premier. En septembre, l'ordinateur d'un journaliste du Journal de Montréal a été saisi parce qu'il avait dévoilé des informations confidentielles (mais très mal protégées) sur une juge qui fait l'objet d'une plainte au Conseil de la magistrature. La Fédération professionnelle des journalistes du Québec a dénoncé, pas plus tard qu'en juin dernier, que les cas de policiers suspendus ou punis d'une autre manière pour avoir osé parler à des journalistes se multiplient au SPVM. Il y a là, très clairement, une tendance dangereuse.

Certes, on pourra répondre qu'il existe déjà plein de postes de surveillance - protecteur du citoyen, vérificateur général, etc. - qui remplissent déjà le rôle de chien de garde dont se réclament les journalistes. C'est vrai, et c'est tant mieux. Mais le cas Lagacé montre justement bien les limites de ces garde-fous. La Cour suprême a énoncé des critères stricts pour la chasse aux sources journalistiques et, de ce qui a filtré jusqu'à maintenant, il semble assez clair que la juge de paix - juriste qui évalue le bien-fondé d'une demande de mandat de perquisition - y a dérogé en permettant la surveillance du cellulaire de M. Lagacé.

Et c'est justement quand cela se produit qu'on a besoin des journalistes.

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