Bienvenue, Monsieur Bové

D'abord expulsé par l'Agence des services frontaliers du... (AFP, Clément Sabourin)

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D'abord expulsé par l'Agence des services frontaliers du Canada, José Bové a finalement reçu l'autorisation de séjourner en sol canadien pour une semaine. Le député européen et militant altermondialiste a appris la nouvelle peu de temps avant de reprendre l'avion qui l'aurait ramené en Europe.

AFP, Clément Sabourin

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(Québec) ÉDITORIAL / Il y en a des vertes, des pas mûres et même des franchement pourries, dans le parcours du député européen José Bové, cet ex-éleveur de chèvres qui est devenu, depuis une vingtaine d'années, l'un des militants anti-OGM et anti-libre-échange les plus farouches et les connus du monde. Mais malgré tous ces cahots, c'est une bonne chose que l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) lui ait permis de demeurer une semaine au pays, car dans un pays qui se veut libre et démocratique, aucun d'eux n'aurait justifié une expulsion.

Mardi, M. Bové est arrivé à l'aéroport de Montréal en vue de prendre la parole, au cours des prochains jours, dans quelques événements visant à dénoncer l'accord de libre-échange Canada-Europe, qui est en train de franchir les dernières étapes avant d'entrer en vigueur. Mais à cause de gestes illégaux qu'il a commis dans le passé pour protester contre les organismes génétiquement modifiés et la mondialisation, il s'est d'abord vu refuser l'entrée au Canada. S'en est suivie une valse-hésitation entre quelques ministères fédéraux qui s'est conclue mercredi - tout ça pour ça... - par un permis de séjour d'une semaine qui lui permettra de participer à toutes les rencontres où il avait été invité.

Du pur point de vue du contenu, l'expulsion de cet altermondialiste n'aurait franchement pas été une grosse perte. Tant en matière d'économie que de génie génétique, les positions de M. Bové tiennent davantage du réflexe de Pavlov idéologique que du cheminement intellectuel rigoureux et documenté. Il n'a jamais vu d'accord commercial sans annoncer de catastrophe économique, aucun OGM n'a ni ne trouvera jamais grâce à ses yeux - au mépris des faits scientifiques. Il est d'abord contre, puis il déniche les raisons qu'il peut pour étayer sa position.

Mais dans tout pays qui se veut libre et démocratique, ni le contenu ni la faiblesse argumentaire ne justifient l'interdiction de séjour. Hormis, bien sûr, les incitations à la haine comme celles dont s'est rendu coupable l'humoriste français Dieudonné, refoulé au douanes canadiennes en mai dernier pour ce motif. Mais José Bové ne verse pas dans ces excès.

Ce qui lui était reproché, ce sont ses démêlées avec la justice française dans le passé. M. Bové a vandalisé plusieurs champs ensemencés de graines génétiquement modifiées parce qu'il s'oppose à l'utilisation de cette technologie - il s'agissait, dans plusieurs cas, de champs expérimentaux rattachés à des centres de recherche. Il a également saccagé, en 1999, le chantier d'un restaurant McDonald's en construction et a déjà été condamné pour avoir brièvement séquestré trois fonctionnaires français.

De toute évidence, M. Bové a déjà cru que ses opinions lui donnaient toutes sortes de droits extraordinaires. Le principal intéressé prétend que ces gestes datent tous de la fin des années 90, ce qui est faux - la Cour de cassation de France a maintenu en 2012 une condamnation pour la destruction d'un champ OGM à laquelle il a participé en 2008.

Mais le fait est que même cette dernière remonte à une dizaine d'années, que l'«irréductible Gaulois» s'est manifestement assagi et qu'en fait de «crimes», franchement, on peut trouver pire.

En théorie, mais vraiment dans la plus pure des théories, cela pourrait quand même suffire à lui refuser l'accès au territoire canadien, puisque l'ASFC peut refouler quiconque «présente un risque pour la sécurité» ou «a déjà été déclaré coupable d'un crime», lit-on sur son site.

Mais comme l'a justement noté l'animateur de Radio-Canada Michel C. Auger, on aurait pu retourner Nelson Mandela en Afrique du Sud en appliquant trop rigidement ces critères. Quoi qu'on pense de M. Bové, il n'y avait aucune raison de lui interdire de séjourner au Canada.

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