Qu'attend-on pour poursuivre?

Deux jeunes hommes ont lancé la phrase connue... (Tirée du site de Radio-Canada)

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Deux jeunes hommes ont lancé la phrase connue sous l'acronyme «FHRITP» jeudi dernier lors d'une entrevue de la reporter de Radio-Canada Claudia Genel.

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(Québec) ÉDITORIAL / Après une période d'accalmie relative, on aurait espéré que le mouvement Fuck her right in the pussy (FHRITP), qui consiste à crier cette obscénité dans le micro de journalistes (habituellement des femmes) qui font un topo en direct à la télé, avait fini par s'essouffler. Après tout, se disait-on, les meilleures plaisanteries sont les plus courtes et celle-là n'a jamais été drôle de toute manière. Alors une fois passé le délai un peu longuet, mais normal, pour que les plus lents d'entre nous finissent par le comprendre, comment ce mouvement pourrait-il continuer?

Mais c'était oublier que le phénomène est l'expression de tendances lourdes qui, elles, ne faiblissent pas. Jeudi, deux zigotos ont jugé bon d'exhiber leur absence d'originalité en direct quand ils se sont imposés au micro de Claudia Genel, journaliste culturelle pour Radio-Canada à Québec, et crié le tristement célèbre «fuck her right in the pussy». La journaliste et ses deux invitées ont bien réagi, et le diffuseur public a «dénoncé» le geste.

Ces agissements, puisqu'il semble falloir expliquer les bases du savoir-vivre, sont inacceptables. Ils constituent un manque de respect envers le travail des autres, marquent une incapacité à saisir que le monde ne tourne pas autour de soi - il y a des téléspectateurs qui aimeraient regarder leurs nouvelles en paix - et trahissent un sens de l'humour qui a cessé de se développer vers huit ou dix ans.

Mais malheureusement, il apparaît de plus en plus évident que les dénonciations, qui se sont multipliées au cours des deux dernières années, alors que le phénomène prenait de l'ampleur, ne suffiront pas. Ce mouvement s'inscrit dans une tendance plus large où le travail des journalistes est de moins en moins respecté, pour des motifs divers. La Fédération professionnelle des journalistes du Québec a d'ailleurs plusieurs fois dénoncé, ces dernières années, cette vilaine habitude de prendre des reporters et des photographes de presse à partie lors des manifestations.

En outre, les plus cyniques signaleront aussi, non sans raison, qu'à 7,5 milliards d'êtres humains, ou même à seulement 8 millions de Québécois, le bassin de décérébrés capables de confondre leur propre idiotie avec de l'humour est tout simplement trop grand pour s'épuiser de lui-même. Il en restera toujours pour reprendre, toujours avec la même fierté déplacée, ce triste flambeau, de la même façon qu'il restera toujours des écervelés pour rouler à 160km/h sur nos routes, peu importe le nombre de morts que cela engendre.

Ce n'est donc pas demain la veille que l'on éradiquera les racines du mouvement FHRITP, il faut l'admettre. Mais cela ne signifie pas que l'on ne peut rien faire. À Calgary et à Toronto, où les petits drôles se faisaient trop nombreux et trop insistants, la police a commencé à en arrêter - un homme qui avait beuglé «fuck her right in the pussy» à une journaliste à partir de sa camionnette a écopé d'une amende en vertu du Code de la route. À Toronto, la police a affirmé son intention de se servir des images de télé pour retrouver les mauvais plaisantins et les poursuivre, si des plaintes étaient portées. Les motifs d'arrestation seraient d'ailleurs nombreux, selon la police torontoise : briser la paix, harcèlement, harcèlement sexuel ou méfait.

Il est désolant, voire accablant d'en être rendu là. Mais ces sottises ne s'arrêteront vraisemblablement pas d'elles-mêmes. Et si les dénonciations publiques ne sont pas assez dissuasives, il faut passer à l'étape suivante : la plainte à la police. Parce que chacun, chacune a le droit de faire son travail dans la paix et dans un minimum de dignité. Même les journalistes.

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