Carbone: la vraie équité

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Le premier ministre Justin Trudeau a dévoilé en Chambre, lundi, que le fédéral imposera (aux provinces qui ne tarifent pas déjà le carbone) un prix de 10 $ la tonne à partir de 2018 et qu'il l'élèvera jusqu'à 50 $ la tonne en 2022.

La Presse canadienne, Adrian Wyld

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(Québec) ÉDITORIAL / Il y a quelque chose d'assez piquant - ou de désespérant, selon que l'on est cynique ou non - à entendre certains politiciens et commentateurs de l'Ouest canadien qualifier d'«injuste» le tarif sur le carbone que les libéraux fédéraux viennent d'imposer aux provinces. Car le geste vient justement corriger une situation absurde et profondément inéquitable que les conservateurs avaient laissée se développer pendant des années.

Le premier ministre Justin Trudeau a dévoilé en Chambre, lundi, que le fédéral imposera (aux provinces qui ne tarifent pas déjà le carbone) un prix de 10 $ la tonne à partir de 2018 et qu'il l'élèvera jusqu'à 50 $ la tonne en 2022. Le tout, bien sûr, dans le but de réduire les émissions de gaz carbonique (CO2), responsable du réchauffement climatique.

Plusieurs provinces ont vivement réagi à cette annonce-surprise. La Saskatchewan, la Nouvelle-­Écosse et Terre-Neuve ont quitté une réunion des ministres de l'Environnement qui se tenait au même moment en guise de protestation. Le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, a parlé de «trahison» et évoqué des recours judiciaires, et la ministre néo-­écossaise de l'Environnement, Margaret Miller, a indiqué que sa province se sentait «abandonnée». L'Alberta a pour sa part demandé l'approbation d'un pipeline comme condition pour accepter ce tarif - mais sans un gouvernement néodémocrate à sa tête, sa réaction aurait certainement été moins conciliante. Et le mot-clé qui circule chez les chroniqueurs de l'ouest du pays depuis deux jours est : «injuste» (unfair).

Il est vrai que la manière dont le fédéral s'y est pris avait tout du coup de force. Court-circuiter une réunion des ministres de l'Environnement pour imposer un plan fédéral à certaines provinces? Vraiment? Il faut espérer que le gouvernement Trudeau trouvera d'autres façons de gérer les relations fédérales-­provinciales parce que dans le cas contraire, les portes n'ont pas fini de claquer...

Mais sur le fond, Ottawa devait agir. Pendant toutes les années Harper (et dans une certaine mesure, sous les libéraux du tournant des années 2000), le fédéral s'est contenté de mesurer les émissions de gaz à effet de serre canadiennes et d'établir des cibles peu ambitieuses... pour ensuite s'empresser de ne pas faire grand-chose. Certaines provinces ont donc pris les devants - le Québec et l'Ontario ont un système de plafonnement et d'échange des droits d'émissions, la Colombie-Britannique facture déjà 30 $ la tonne de CO2 -, alors que d'autres, surtout les productrices d'hydrocarbures, ont suivi l'exemple fédéral : faire mine d'agir, mais sans poser de geste vraiment significatif et contraignant.

Le résultat final de ce laisser-aller fut que les provinces les plus pollueuses et qui profitent financièrement de cette pollution, comme l'Alberta et la Saskatchewan, ont pu se traîner les pieds pendant des années et laisser des provinces déjà plus vertes, comme le Québec et la Colombie-Britannique, faire le gros des efforts de décarbonisation. Bref, on aurait tenté de s'éloigner davantage du modèle (le plus équitable) du pollueur-payeur qu'on aurait eu bien de la difficulté à y parvenir.

Le coup de force du gouvernement Trudeau vient donc, comme il se doit, sonner la fin de la récréation. Il n'y a rien d'injuste là-dedans, bien au contraire : chacun devra maintenant faire sa part, que cela lui plaise ou non. Et quand on voit quelles provinces ont accueilli favorablement cette annonce - le Québec et Ontario s'en sont réjouis - et lesquelles regimbent, on se rappelle tout de suite que les fins de «récré» font toujours des mécontents. Pas toujours chez les premiers de classe, d'ailleurs.

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