Bien pire que le burkini

Une femme portant un burkini.... (AFP)

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Une femme portant un burkini.

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(Québec) ÉDITORIAL / Le moins qu'on puisse dire, c'est que la députée caquiste Nathalie Roy ne s'est pas distinguée par la finesse de son jugement quand elle s'est prononcée pour l'interdiction du burkini, cette semaine. Si la question elle-même n'est pas illégitime dans une société qui, comme la nôtre, accueille une immigration musulmane assez nombreuse, il n'en s'agit pas moins à nos yeux d'une solution fausse et discriminatoire à un problème qui ne se pose même pas. Pire encore, les termes qu'a utilisés Mme Roy relevaient davantage de l'intolérance que d'un souci de réfléchir sur notre vivre-ensemble.

«Le niqab, la burqa, le tchador et le burkini sont des objets d'oppression et de soumission de la femme. On instrumentalise une religion, une culture ou un agenda politico-religieux pour des fins d'oppression et de soumission. Il faut sortir la tête du sable», a déclaré sans nuance la députée de Montarville, mercredi, faisant écho au débat qui fait rage en France ces jours-ci.

Or c'est, à notre sens, une très mauvaise idée, d'abord parce que sa seule évocation vient ostraciser encore une fois une communauté qui l'est déjà trop - de surcroît pour une pratique vestimentaire qui, de l'aveu même de Mme Roy, est presque inexistante au Québec.

À la limite, s'il s'agissait d'un niqab, on pourrait invoquer le principe voulant que l'on doive se promener à visage découvert sur la place publique. Nous ne sommes pas sûr que cela nous convaincrait, mais la question ne se pose même pas, de toute manière, dans le cas du burkini.

En fait, la principale raison pour laquelle Mme Roy veut interdire le burkini est la signification qu'elle-même (et nombre d'autres, malheureusement) veut bien y accoler, soit un instrument d'asservissement de la femme. Certes, si l'on cherchait, on trouverait ici et là une poignée de cas, très minoritaires chez les musulmans québécois, de femmes qui sont contraintes par leur mari de s'habiller d'une certaine manière. Et il est bien évident que ce genre de situation est inacceptable.

Mais il nous semble tout aussi évident qu'interdire le burkini ne sera d'aucune aide pour ces femmes-là. Et, n'en déplaise à la députée caquiste, il y a aussi des musulmanes qui choisissentlibrement de porter le burkini ou le voile, de la même manière que des chrétiennes choisissent de porter la croix ou des vêtements longs. Le fait que quelques-unes soient malheureusement forcées de se vêtir ainsi pour de mauvaises raisons ne justifie aucunement que l'on empêche les autres de s'habiller comme elles veulent. Sans compter que cela isolerait encore davantage ces femmes et cette communauté, chose qui contribue à la radicalisation religieuse au lieu de la prévenir.

Sur le fond, donc, Mme Roy a proposé une fausse solution à un problème essentiellement imaginaire, ce qui n'est déjà pas particulièrement glorieux. Mais sur la forme, dans les termes qu'elle a utilisés, elle s'est rendue coupable de bien pire. Il n'était nul besoin, pour faire passer son message, de désigner le burkini comme un «accoutrement», un «attirail», une «couverte» associée à une mentalité «arriérée». Mais ce sont les mots que la caquiste a choisis pour commenter un dossier qu'elle devait pourtant savoir très délicat. Et ce faisant, elle a montré, au mieux, un manque de respect à l'égard des différences culturelles - et, au pire, une désolante étroitesse d'esprit.

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