Drôle de souveraineté

Le résultat du vote a été serré.... (Agence France-Presse)

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Le résultat du vote a été serré.

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ÉDITORIAL / Il y a quelque chose d'étrange à voir tant de souverainistes se réjouir de la victoire du Brexit, eux qui, pourtant, ont toujours été en faveur des unions économiques qui protégeraient un Québec nouvellement souverain de la «mauvaise humeur» du reste du Canada, comme l'écrivait Jacques Parizeau. La lecture qu'ils font maintenant du vote et des négociations à venir nous semble dans le meilleur des cas très hâtive, sinon carrément fausse.

Par exemple, Jean-François Lisée, s'il était contre la sortie de l'Union européenne (UE), a analysé sur sa page Facebook que les «forces politiques internationales ont pesé lourd» pendant la campagne référendaire, toutes pour dire «que les conséquences d'un Brexit seraient négatives». Mais M. Lisée constate que malgré la courte victoire de 51,9 % pour la sortie, tous ces acteurs ont rapidement «promis de collaborer [... et] tous ont voulu minimiser les conséquences». «Lors du prochain référendum, [...] nous vivrons exactement le même scénario», a prédit le député péquiste.

Les autres principaux candidats à la direction du Parti québécois, Alexandre Clouter et Martine Ouellet, ont tenu des propos très semblables.

Il faut, certes, espérer que le Canada aurait la décence de procéder avec un minimum de bonne foi à la suite d'un éventuel référendum gagnant. Mais le raccourci qui est fait, ici, entre la participation de l'UE à des négociations et l'absence d'impacts économiques graves au Brexit témoigne d'un jovialisme coupable et d'un extraordinaire découpage de la réalité. Car pour le camp du Leave, faire voter une majorité pour le rejet de l'Union européenne était la partie facile de l'opération.

À partir de maintenant, il est vrai, l'UE est obligée de négocier en vertu de l'«article 50» de ses traités fondateurs, qui prévoit une procédure de sortie. L'entente concoctée devra être approuvée par une majorité des pays de l'UE, à l'exclusion du Royaume-Uni. Celui-ci devra ensuite décider s'il accepte ces conditions ou non. Et à défaut d'une entente intervenant d'ici deux ans, la Grande-Bretagne sera simplement exclue de l'Europe, perdant son accès privilégié au marché commun.

Pour l'heure, toutes les options restent ouvertes, les plus douloureuses comme les moindres maux. Mais aucune ne nous semble vraiment positive.

Une coupure complète serait évidemment catastrophique des deux côtés de la Manche et, pour cette raison, nous apparaît invraisemblable. Le moins pire des scénarios serait sans doute que la Grande-Bretagne demeure dans l'Espace économique européen sans faire partie de l'UE, comme c'est le cas de la Norvège et de l'Islande. Cela garantirait un accès aux marchés et la libre circulation des personnes, comme c'est le cas présentement, mais les Britanniques se trouveraient alors à subir passivement les normes européennes (qu'ils devraient continuer de respecter pour vendre leurs produits) sans participer à leur élaboration, parce que celle-ci se fait... à l'UE. Ce qui, disons-le, ferait une bien drôle de version de l'idée d'indépendance nationale.

N'en déplaise aux candidats à la chefferie péquiste, ni la reconnaissance du 50 % + 1 ni la volonté de l'UE de négocier ne signifie que le Brexit se fera sans heurts. En fait, il n'est même pas acquis que les Britanniques sortiront de tout ceci beaucoup plus souverains qu'avant...

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