Pitbulls: la fausse solution

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Les chiffres sur les attaques perpétrées par des chiens comme les pitbulls, dont il n'existe aucun registre officiel, sont d'une qualité notoirement faible.

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(Québec) ÉDITORIAL / La mort horrible de Christiane Vadnais, vraisemblablement tuée par un pitbull cette dernière semaine, à Pointe-aux-Trembles, dans la région de Montréal, a relancé le débat sur l'interdiction de cette race canine, comme on pouvait s'y attendre. Dès le lendemain de l'attaque, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a créé un groupe de travail, qualifiant les événements de «troublants». Le maire Régis Labeaume s'est dit en faveur de l'interdiction du pitbull. Mais en cette matière comme en bien d'autres, l'émotion du moment est souvent mauvaise conseillère.

Nombre de villes et de juridictions en Amérique du Nord ont adopté, depuis une vingtaine d'années, des règlements interdisant de posséder des chiens de souches jugées trop dangereuses- et les pitbulls sont les premiers visés. Et il faut dire qu'il circule sur le Web des statistiques très impressionnantes à leur sujet. On leur reprocherait presque les deux tiers des attaques mortelles sur des êtres humains (habituellement des enfants) aux États-Unis. Ce qui, si c'était vrai, justifierait amplement l'interdiction d'en posséder un.

Cependant, les chiffres sur les attaques perpétrées par des chiens, dont il n'existe aucun registre officiel, sont d'une qualité notoirement faible. Tant la Santé publique américaine (CDC) que l'Association des médecins vétérinaires des États-Unis (AMVA) en ont convenu lorsqu'elles se sont penchées sur la question, récemment. Ce sont des données très sensibles à la popularité de chaque race - dans les années 60 et 70, par exemple, c'étaient les bergers allemands et les saint-bernard qui faisaient le plus de victimes aux États-Unis.

Et la plupart des statistiques sur ces attaques reposent sur ce qu'en rapportent les médias, qui ne sont pas particulièrement bons dans l'identification des races canines. La première étude à croiser ces reportages avec d'autres sources (services de police, vétérinaires, refuges d'animaux), parue en 2013 dans le journal de l'AMVA a trouvé que la race du ou des chiens agresseurs ne pouvait être établie avec un minimum de certitude que dans 18 % des attaques.

Et plusieurs autres travaux ont trouvé une telle variabilité des comportements agressifs au sein de chaque race qu'au terme d'une revue de littérature scientifique menée en 2014, le CDC et l'AMVA ont conclut que la race n'était pas un prédicteur valide du danger que pose un chien.

Pas étonnant, donc, que les études mesurant l'effet du bannissement des pitbulls ont donné, au mieux, des résultats très mitigés. Au Manitoba, par exemple, où 16 villes ont banni les pitbulls entre 1990 et 2006, une étude de type «avant-après» a, certes, montré une baisse des hospitalisations pour morsures de chien dans ces 16 endroits (de 3,14 à 2,84 hospitalisations annuelles par 100000 habitants), mais ce recul n'était pas statistiquement significatif - et dans les juridictions qui n'avaient pas banni les pitbulls, la baisse était même plus prononcée.

On pourrait sans doute en faire plus pour améliorer la sécurité des chiens, comme imposer (et surveiller) la castration obligatoire, ou abattre tout animal qui a déjà attaqué un humain. Mais le bannissement pur et simple des pitbulls, s'il plaît à l'esprit, serait une fausse solution qui tiendrait davantage de la vindicte émotive que d'une mesure de santé publique bien fondée.

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