Contrepoids à la haine

Par ses propos à la suite des événements... (Archives AP, Pablo Martinez Monsivais)

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Par ses propos à la suite des événements de Charlottesville, le président Donald Trump s'est aliéné des chefs de grandes entreprises américaines.

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(Québec) ÉDITORIAL / Face aux discours de haine et de division, mieux vaut risquer d'en faire trop et de se faire accuser de restreindre la liberté d'expression que de minimiser l'impact des messages toxiques et explosifs au sein de la population, et de le regretter par la suite.

Aux États-Unis, des pdg de grandes entreprises n'ont pas hésité cette semaine à prendre position publiquement contre l'intolérance et l'extrémisme, et à contrebalancer ainsi les désolants propos du président Trump à la suite des manifestations à Charlottesville, où une jeune femme est morte lors d'affrontements entre suprémacistes et antiracistes.

L'exemple des chefs d'entreprise, dont celui de Merck, d'Intel et d'Under Armour est à suivre. Comme l'a déclaré le président de l'Alliance pour l'industrie américaine, Scott Paul, qui s'est lui aussi retiré du conseil : «C'est la bonne chose à faire». 

Les chefs d'entreprise auraient pu se dire que ce dossier ne les concerne pas, qu'ils sont en affaires et non en politique. Ils auraient pu faire le calcul qu'il n'était pas rentable pour eux de froisser le président républicain Donald Trump, de se le mettre à dos en quittant le conseil économique que celui-ci avait mis sur pied pour mousser la création d'emplois aux États-Unis.

Les plus cyniques diront que les pdg ont fait le calcul que leur prise de position serait bonne pour leurs affaires, pour leur image publique. Peut-être. 

Mais leur sortie est néanmoins un baume. Devant un président qui ne voit pas la nécessité de rassembler les Américains au lieu de les diviser, devant un Donald Trump pour qui des militants d'extrême droite, des néonazis et des manifestants antiracistes c'est du pareil au même, leur message en est un d'espoir pour tous ceux qui s'inquiètent de la montée de la violence et de l'intolérance, notamment à l'égard des étrangers. Ces dirigeants rappellent que les messages de peur et de haine ne peuvent être véhiculés comme s'ils étaient complètement inoffensifs.

La dénonciation des pdg est aussi bienvenue du fait qu'elle comble le vide que laissent certains leaders politiques parce qu'ils craignent de décevoir une partie de leur électorat. Certains choisissent d'entretenir des ambiguïtés afin de s'attirer des appuis d'un côté et de ne pas en perdre de l'autre. 

Évidemment, il est tentant de se servir de la liberté d'expression comme d'un paravent, comme d'une excuse pour rester muet ou évasif. Mais lorsque le tissu social s'effiloche dans une société, lorsque les tensions s'accentuent et peuvent conduire à des affrontements violents, voire à la mort comme en fin de semaine dernière en Virginie, la responsabilité humaine et sociale commande de ne pas laisser porter, de ne pas se taire lorsque le président des États-Unis tolère l'intolérable.

Et même si cela est fort délicat, la situation commande aussi de ne pas laisser libre cours à tous les propos haineux qui circulent, notamment sur Internet. Des entreprises technologiques comme Spotify, GoDaddy, Twitter, Google et Facebook tentent de mettre un peu d'ordre dans tout ça. Bien sûr, elles risquent ainsi d'être accusées de brimer la liberté d'expression et de vouloir limiter la diversité des opinions sur des sujets sensibles.   

Malheureusement, cette précieuse liberté d'expression est parfois galvaudée. Certains oublient que ce n'est pas un droit absolu, qu'il y a des limites à la liberté d'expression. 

Au Canada, la Cour suprême a établi à plus d'une reprise que la liberté d'expression pouvait être limitée par d'autres droits propres à une société démocratique (droit à la protection de la réputation, au respect de l'honneur, à la sauvegarde de la dignité et droit à l'égalité). 

Les droits doivent cohabiter. Comme les humains.




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