La surmédicalisation, ça se soigne

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Avant de réclamer un test, de prescrire ou de prendre un médicament, médecins et patients auraient intérêt à reprendre la question d'un livre populaire : En as-tu vraiment besoin?

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(Québec) ÉDITORIAL / Afin de réduire le recours à des soins de santé superflus, une vingtaine de pays, dont le Canada, ont mis en oeuvre la campagne Choisir avec soin. L'Association médicale du Québec (AMQ) constate cependant que le Québec tarde à s'attaquer à la problématique du «surdiagnostic» et du «surtraitement». Pourtant, selon elle, la province pourrait ainsi économiser entre 3 et 5 milliards $ par an et les réinvestir dans des soins plus pertinents ou à d'autres missions de l'État. Qu'attendons-nous?

En 2014, l'AMQ et l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) s'alliaient pour sensibiliser les professionnels de la santé et les patients à cet enjeu, et les inciter à discuter de la pertinence de certains examens et traitements. 

Trois ans plus tard, l'AQESSS a été éclipsée par les réformes du ministre Gaétan Barrette et le directeur général de l'AMQ, Normand Laberge, constate que le terreau n'est pas encore très fertile pour ce dossier dans les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS). Dans les autres provinces, une révision des pratiques aurait déjà permis de dégager des millions de dollars.

En entrevue au Soleil, Hugo Viens, président de l'AMQ et spécialiste en chirurgie orthopédique, soutient que le Québec n'a pas le choix d'agir, que la culture médicale doit évoluer et que les patients doivent être mieux informés.

On ne peut, selon lui, laisser la santé accaparer plus de 50 % du budget de la province sans se questionner sur la valeur des actes posés et risquer de devoir limiter les sommes qu'il vaudrait mieux investir en éducation ou dans d'autres domaines qui ont un impact sur la santé d'une population. 

Mais qui fait quoi pour éviter que des tests et des examens non nécessaires continuent d'être réalisés et d'accaparer des ressources qui serviraient mieux à d'autres fins?  

En 2014, le ministre Barrette estimait que ce dossier était celui du Collège des médecins. Le Collège indique pour sa part qu'il sensibilise ses membres au surdiagnostic et les incite à suivre les directives des sociétés savantes et de l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux afin qu'ils maintiennent leurs connaissances à jour. 

Le président de l'AMQ rapporte toutefois qu'entre la transmission des études, des directives et leur mise en pratique, pas mal de temps s'écoule. Selon M. Viens, il faut cinq années avant que 50 % des médecins les mettent en application et il faut compter dix ans pour atteindre un taux de 80 %.

Pendant ce temps, le système s'embourbe, les listes d'attente s'allongent, des patients souffrent inutilement et des milliards de dollars sont dépensés sans que la santé de la population s'améliore.

«En santé, plus n'est pas synonyme de meilleur», notait en avril l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), dans son rapport Les soins non nécessaires au Canada, dans lequel il identifie des pratiques inutiles ou à faible valeur dans les soins primaires, spécialisés, hospitaliers et au service d'urgence.

L'ICIS précisait aussi les cinq principes fondamentaux de la campagne Choisir avec soin. Elle doit être dirigée par des médecins et non un gouvernement ou un organisme de financement pour éviter que la réduction des coûts soit l'objectif premier et non la qualité des soins et la réduction des préjudices aux malades. Elle doit également être centrée sur les patients, être fondée sur des données probantes, être transparente et mobiliser les divers professionnels de la santé (médecins, infirmières, pharmaciens).

Enfin, avant de réclamer un test, de prescrire ou de prendre un médicament, médecins et patients auraient intérêt à reprendre la question d'un livre populaire : En as-tu vraiment besoin?




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