RTC: la révolte du maire

Cette semaine, le maire Régis Labeaume a tenté... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet)

Agrandir

Cette semaine, le maire Régis Labeaume a tenté d'entretenir l'animosité du public à l'égard d'employés qui exercent leur droit légal de déclencher une grève.

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) ÉDITORIAL / Le plus «révoltant», ce n'est pas que les chauffeurs d'autobus du Réseau de transport de la Capitale (RTC) puissent déclencher une grève (légale) le 13 mars, mais bien que le maire Régis Labeaume tente encore d'entretenir l'animosité du public à l'égard d'employés syndiqués qui exercent un droit. N'est-ce pas lui qui dénonçait récemment les phrases vicieuses et haineuses?

Il a bien sûr fait des progrès, le maire de Québec. Cette semaine, il n'a pas accusé les chauffeurs de «fourrer le système», ne les a pas traités d'incompétents ni de «gras dur». 

Surpris de l'avis de grève hâtif, il n'a pu toutefois s'empêcher de recourir à l'intimidation et tenter de braquer la population contre les chauffeurs.

«Si ça ne s'arrange pas, moi, je vais expliquer à la population les conditions de travail de tout ce monde-là et attendez-vous à une méchante révolte de la population. Les gens vont être révoltés si ces gens-là vont en grève, surtout qu'il n'y a aucune raison.»

Bâtir un rapport de force fait partie du jeu de la négociation. Il existe des façons plus respectueuses que d'autres d'y parvenir. Par ses paroles, le maire attise la «révolte» populaire. Il laisse supposer que des salariés s'amusent à débrayer. Vous en connaissez beaucoup des gens qui sont prêts à perdre des revenus et à affronter la grogne de leurs usagers ou de leurs clients sans raison? 

Le maire parle comme si la convention des chauffeurs était secrète. «Lui», il lèvera le voile sur son contenu. Toutes les conventions sont déposées au ministère du Travail et accessibles gratuitement en ligne.

Heureusement, le ton du président du RTC, Rémy Normand, différait, jeudi, de celui du maire. «À partir de maintenant, on va laisser beaucoup de place à la négociation. Je pense que c'est sur quoi il faut insister aujourd'hui[...]. Il faut surtout éviter de brouiller les lignes de communication et de ne pas empiéter sur les contenus de la négociation.»

M. Normand se serait aussi entendu avec le maire pour que celui-ci cesse d'intervenir. Voilà qui est sage. En matière de relations de travail, les faux pas de l'administration Labeaume ont déjà occasionné assez de dépenses aux contribuables. Même si les élections municipales approchent, et même si dénigrer les syndicats est de bon ton à Québec, M. Labeaume doit résister à la tentation de se faire du capital politique avec ce filon. Le maire veut éviter que des personnes démunies se retrouvent à pied? Qu'il s'assure de la bonne marche des échanges pour que chaque partie arrive à une entente satisfaisante, qu'il fasse une démonstration convaincante pour obtenir des services essentiels le samedi, comme Montréal en 2007. 

Prématuré, l'avis de grève? L'échéancier est imposé par la loi 24 concoctée par le gouvernement Couillard pour répondre aux doléances de maires qui réclamaient le droit au lock-out.

Les villes n'ont pas obtenu ce droit et se retrouvent avec une menace de grève précipitée. Comme prix de consolation, la loi prévoit qu'après un processus de médiation, le gouvernement peut imposer les conditions de travail des employés municipaux en s'inspirant des recommandations d'un mandataire spécial.

Or, Québec a patienté 18 semaines avant de légiférer pour ramener ses juristes au travail. Il n'a pas décrété leurs conditions de travail, prévoyant d'abord une ronde de négociations. Les élections provinciales ont lieu à l'automne 2018. Les députés y penseront deux fois avant de venir à la rescousse des villes et de s'exposer à d'autres contestations juridiques de syndicats qui réclament le respect du droit à la négociation et à la grève. Des droits jugés constitutionnels par la Cour suprême. Oui, une grève dérange, mais comme le rappelait la Cour en 2015, sans droit de grève, la négociation risque de n'être qu'un voeu pieux.




À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer