Aide à mourir: le débat sans fin

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Quinze mois d'application de la loi sur les soins de fin de vie ont-ils modifié l'opinion des gens opposés à une telle législation, craignant ses dérives?

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(Québec) ÉDITORIAL / «Je n'étais pas prêt voilà trois ans, mais aujourd'hui, je suis prêt. Je prie le Bon Dieu pour qu'il vienne la chercher.» Ce passage de l'émouvant témoignage du député François Bonnardel, dont la mère de 80 ans souffre d'Alzheimer depuis 15 ans, illustre bien les difficultés que soulèveraient les demandes anticipées d'aide médicale à mourir de personnes atteintes de démence. Il faut néanmoins reprendre le débat même si la loi sur les soins de fin de vie est en vigueur depuis seulement 15 mois. Et ce, sans penser que c'est là que résident toutes les solutions au vieillissement de la population.

Bien des fils et des filles, des conjoints et des conjointes, ont dû se reconnaître dans les propos du député caquiste. Et pleurer. Et réfléchir à ce qu'ils voudraient pour empêcher pareil chagrin à leurs proches. Est-ce qu'ils souhaiteraient qu'un médecin devance leur mort pour éviter de terminer leur vie dépendant des autres, étrangers à eux-mêmes et aux personnes les plus précieuses.

À quel moment seraient-ils prêts à laisser partir l'être aimé, à cesser d'espérer les «bonnes journées», les courts moments de lucidité, les «comme avant»?  À quel stade de la maladie seraient-ils prêts à réclamer la mort de la personne qui leur a donné la vie, à faire exécuter sa demande? Nous supportons bien des deuils avant d'accepter que la mort soit la meilleure chose qui puisse arriver à un être cher. 

Les questions personnelles s'ajoutent à celles fort complexes auxquelles les élus doivent avoir des réponses avant de légiférer. La députée péquiste Véronique Hivon l'a très bien exposé jeudi. «Comment juge-t-on que vous êtes rendus au stade où exactement vous répondez à ce que vous aviez prévu dans vos directives médicales anticipées? Qui a cette responsabilité-là? Est-ce que ce sont les médecins, l'équipe médicale? Est-ce les proches?» Le personnel soignant peut être à l'aise d'aider un cancéreux souffrant à mourir. Le serait-il autant dans les cas de démence attribuables à la maladie de Parkinson ou d'Alzheimer?

Quinze mois d'application de la loi sur les soins de fin de vie ont-ils modifié l'opinion des gens opposés à une telle législation, craignant ses dérives? 

La Commission sur les soins de fin de vie indiquait en octobre dans son premier rapport que 262 demandes d'aide à mourir avaient été formulées entre janvier et août 2016. C'est trois fois plus que le nombre prévu. Sur les 262 demandes, 87 n'ont cependant pas été exécutées pour diverses raisons. Le ministre de la Santé a conclu que la loi était appliquée dans les règles de l'art et qu'il n'y avait pas de dérapage.

Certains diront cependant qu'il est trop tôt pour élargir l'accès à l'aide à mourir. D'autres, comme Mme Hivon, noteront que la question est récurrente. Certains soutiennent par ailleurs que le vieillissement de la population pousse le Québec à aller plus loin. «Nous sommes la deuxième nation au monde la plus vieillissante après le Japon. Il faut apporter des pistes de solution», affirme M. Bonnardel. 

Cet argument fait sourciller. L'aide médicale à mourir pour les personnes démentes qui en feraient préalablement la demande ne doit jamais être vue comme un moyen de faire face aux défis que représente le vieillissement de la population. 

L'aide médicale à mourir n'a pas dispensé de l'obligation de fournir des soins palliatifs de qualité à tous les cancéreux. Nous devons donc financer et mettre en place une panoplie de services pour mieux répondre aux besoins des patients atteints de démence et leurs proches. L'aide à mourir doit demeurer le dernier recours que choisiront librement une minorité de personnes, et non l'unique option.




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