Éviter les drames en santé mentale

Frédérick Gingras arrêté après une cavale meurtrière dans l'est... (Collaboration spéciale Denis Germain)

Agrandir

Frédérick Gingras arrêté après une cavale meurtrière dans l'est de Montréal et accusé de deux chefs de meurtre prémédité fera l'objet d'une évaluation psychiatrique pour déterminer s'il est apte à subir un procès.

Collaboration spéciale Denis Germain

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) ÉDITORIAL / Si le Québec a réussi à mener une consultation et un débat sur l'aide médicale à mourir et à baliser son recours, il peut - il doit - faire le même exercice avec la délicate et complexe question du traitement et des droits des personnes atteintes de maladies mentales. Le statu quo ne sert personne.

La triste histoire de Frédérick Gingras et de ses innocentes victimes révèle une fois de plus qu'il existe de sérieuses lacunes dans nos façons de faire. Des failles qui s'ajoutent à d'autres en santé mentale, un domaine trop souvent négligé, la santé physique héritant toujours de la meilleure part.  

La Fédération des familles et amis de la personne atteinte de maladies mentales réclamait mardi dans nos pages des amendements à la Loi sur la protection des personnes dont l'état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui (P-38). Elle voudrait que la perte de jugement d'un individu, et non seulement sa dangerosité, soit considérée lorsqu'il faut décider de le garder en établissement ou de le traiter contre son gré.

À l'opposé, un collectif pour la défense des droits en santé mentale dévoilera jeudi une recherche sur l'application de cette loi. Le titre : «Quand l'inacceptable se perpétue... 18 ans de violation de la loi et des droits fondamentaux en psychiatrie».

Est-ce la loi qui est mal adaptée à la réalité?

Est-elle au contraire mal comprise ou mal appliquée par les psychiatres et les établissements de santé?

Faut-il aussi, ou plutôt, pointer du doigt le manque de ressources en santé mentale, la mauvaise organisation des soins et des services, le système trop axé sur l'hôpital et trop peu sur le communautaire, le manque de suivi des malades, le manque d'informations et de soutien aux familles et aux proches?

Le tragique cas de Frédérick Gélinas et des autres du genre qui l'ont précédé nous oblige à examiner le dossier dans son ensemble, à chercher des solutions, mais surtout, à trouver un équilibre entre les droits des malades et ceux des autres.

En cette matière, la ligne est mince. C'est une chose de souhaiter le resserrement de P-38. C'en est une autre de s'assurer qu'une modification respectera les chartes des droits et libertés.

Cette difficulté n'est cependant pas un frein à l'action. Nous avons d'ailleurs trop tardé. Le Protecteur du citoyen a produit en 2011 un rapport sur les difficultés d'application de la loi P-38. Il souhaitait une application plus rigoureuse de celle-ci.

Le Protecteur recommandait notamment au ministère d'émettre des orientations ministérielles quant au processus de mise sous garde, de donner des lignes directrices qui balisent la notion de dangerosité et le développement d'outils permettant d'évaluer la dangerosité, et de mettre en place une formation à l'échelle du Québec pour les intervenants du réseau de la santé et des services sociaux, de la sécurité publique et de la justice. Il réclamait également que le ministre produise un rapport sur la mise en oeuvre de la loi P-38 tous les cinq ans.

Un cadre de référence n'a été soumis que récemment au ministre Gaétan Barrette. Il compte revenir avec l'avis d'experts en février ou en mars.

Québec a par ailleurs lancé l'an dernier un nouveau plan d'action en santé mentale. «Que des voeux pieux et aucune mesure concrète», avait conclu l'Association des médecins psychiatres du Québec.

Dans les discussions avec Ottawa sur les transferts en santé, le ministre Barrette estime à 700 millions $ les besoins supplémentaires en santé mentale. Même si Ottawa assurait un financement accru, le Québec devrait s'entendre sur la meilleure façon de dispenser les soins et les services dans le respect de tous. Si des soins et des services adéquats ne sont pas au rendez-vous, la maladie mentale sera encore longtemps sujette à stigmatisation.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer