Les médecins au régime Barrette

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Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, veut freiner l'appétit salarial des médecins.

AP, Carlos Giusti

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(Québec) ÉDITORIAL / Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, veut freiner l'appétit salarial des médecins. Il soutient que la viabilité du système de santé est en jeu. Le bras de fer avec Ottawa sur les transferts en santé et le gel salarial réclamé par les partis d'opposition ne sont pas étrangers à ce revirement. Un revirement positif, mais qui soulève néanmoins des doutes sur les évaluations du ministre et sur la valeur de sa signature.

En mai, M. Barrette avait repoussé la proposition de Jean-François Lisée de bloquer la rémunération des médecins. «Ce n'est pas ça qui est sur ma table à moi. On a signé des ententes, on en a signé une nouvelle. On ne va pas constamment rouvrir des ententes», disait M. Barrette qui était à la tête de la Fédération des médecins spécialistes lorsque l'entente sur le rattrapage salarial a été conclue en 2006 et qui était ministre de la Santé lorsque les parties ont convenu en 2014 d'un nouvel étalement jusqu'en 2021.

En septembre, alors qu'il soutenait qu'aucun sou supplémentaire ne serait versé aux spécialistes et aux omnipraticiens pour compenser les frais accessoires réclamés aux patients, le ministre avait toutefois refusé de dire qu'il n'irait pas au-delà de la clause remorque prévoyant pour les médecins les mêmes augmentations que celles consenties aux employés de l'État. 

Lundi, surprise, M. Barrette invite les médecins à revoir leur contrat social avec les Québécois. Il demande de rouvrir les ententes puisque l'objectif de rattrapage avec leurs homologues canadiens est déjà atteint. 

«Les ententes négociées en 2006 l'ont été sur la base de projections faites sur 10 ans. Malheureusement, ou heureusement, les prévisions ne se sont pas réalisées», a déclaré le ministre qui réclame une nouvelle entente. «Le Québec ne peut aller là, il n'en a pas les moyens.»

Le ministre arrive à ce constat bien tardivement. Bien des voix se sont élevées depuis deux ans pour indiquer que le Québec n'a pas les moyens de hausser à une telle hauteur la rémunération des médecins, alors que les patients sont confrontés à des problèmes d'accès ou d'insuffisance de services.

La Vérificatrice générale, dans son rapport de novembre 2015, constatait d'ailleurs que Québec avait versé des millions de dollars supplémentaires aux médecins sans garantie de résultats et de services accrus. Les ententes convenues en 2014 coûtaient 416 millions $ de plus que prévu alors que le ministre avait fait miroiter des économies de 394 millions $. Est-ce que ses calculs seront cette fois-ci plus précis?

La bonification des salaires a eu cours de plus au moment où Québec limitait la croissance des dépenses en santé et en éducation, et ce, même si les besoins demeuraient criants. La Protectrice du citoyen a conclu récemment que des personnes vulnérables ont fait les frais de la rigueur budgétaire. 

Or curieusement, c'est au moment où les finances publiques affichent des surplus que le gouvernement réalise qu'il n'a pas les moyens d'être aussi généreux avec les médecins. Sa logique est difficile à suivre et ce n'est pas la faible croissance économique qui explique tout. 

Si le PQ et la CAQ ne réclamaient pas un gel de la rémunération, si le traitement consenti aux médecins n'offusquait pas la population et si Ottawa ne prévoyait pas limiter à 3 plutôt qu'à 6 % la croissance des transferts en santé, M. Barrette ne remettrait peut-être pas en question l'entente signée en 2014. 

Le Québec perdra 1 milliard $ par an si Justin Trudeau maintient sa position. Une perte qui réduit la capacité du Québec d'accroître les soins à domicile et dans les CHSLD, d'investir plus en santé mentale et de diminuer les délais d'attente. Une perte qui limite aussi les promesses de baisses d'impôt et de réinvestissements dans d'autres secteurs. Le prochain rendez-vous électoral ne peut être éludé des calculs du Dr Barrette.

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