Plus d'une forme de maltraitance

La maltraitance envers les aînés, on la voit... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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La maltraitance envers les aînés, on la voit également lorsque des personnes sont «médicamentées» pour qu'elles soient moins «dérangeantes» et lorsqu'elles ont accès à seulement un bain par semaine alors qu'elles en voudraient plus.

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(Québec) ÉDITORIAL / Québec vient enfin de présenter un projet de loi pour lutter contre la maltraitance envers les aînés et les adultes en situation de vulnérabilité. «Une grande annonce», a déclaré le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette. La population pourrait partager le même optimisme si elle avait l'assurance que les personnes âgées ou vulnérables ne seront plus privées de soins et de services à cause de contraintes budgétaires ou parce qu'elles ne figurent pas dans les priorités.

Lorsqu'on parle de maltraitance, on pense d'abord à l'employé qui déplace avec brutalité la personne âgée ou handicapée qui réside dans un centre d'hébergement de soins de longue durée. On pense à des propos inappropriés, infantilisants, irrespectueux. On pense aux abus sexuels.

Le projet de loi définit ainsi la maltraitance: «un geste singulier ou répétitif ou un défaut d'action appropriée qui se produit dans une relation où il devrait y avoir de la confiance et qui cause du tort ou de la détresse à une personne».

Il faudrait élargir la définition. C'est aussi une forme de maltraitance lorsque des personnes sont «médicamentées» pour qu'elles soient moins «dérangeantes» et lorsqu'elles ont accès à seulement un bain par semaine alors qu'elles en voudraient plus. C'est aussi une forme de maltraitance lorsque des gens doivent porter prématurément des couches faute de personnel pour les accompagner aux toilettes.

On peut également considérer que c'est de la maltraitance que de retirer son assiette à une vieille personne incapable de manger son contenu en six minutes, sans aide. Confiner quelqu'un à son fauteuil et lui faire perdre sa mobilité parce qu'un préposé n'est pas disponible pour le faire marcher, c'est aussi ne pas le traiter adéquatement. 

Avec son projet de loi 115, le gouvernement soutient qu'il encouragera les signalements de cas de maltraitance. C'est un pas dans la bonne direction. Cela permettra de mettre fin à certains abus et situations intolérables. Mais ce n'est pas suffisant.

Les commissaires aux plaintes sont appelés à jouer un plus grand rôle. Pour que ceux-ci puissent faire leur travail, encore faut-il qu'ils en aient les moyens. Déjà, certains constatent que la réforme du ministre Barrette a réduit leur efficacité. Il faudra aussi former et mener des campagnes d'information et de sensibilisation auprès du personnel des établissements et des résidents et leurs proches pour obtenir les résultats escomptés.

Le projet de loi 115 va moins loin que celui présenté il y a trois ans par l'ancienne députée libérale Marguerite Blais. L'obligation de dénoncer a disparu. La ministre Francine Charbonneau a expliqué que l'obligation pouvait mener à des enquêtes sur des événements anodins. Un argument que réfuteront sûrement des intervenants lors des consultations publiques. 

Il faut aussi reconnaître, malgré les mérites du projet de loi, que le sort des personnes âgées et des adultes hébergés ne s'améliorera pas automatiquement si d'autres actions ne sont pas posées.

La maltraitance par privation de services et la maltraitance attribuable à une mauvaise organisation persisteront si les ressources financières et humaines demeurent insuffisantes dans les centres d'hébergement, dans les ressources intermédiaires ou familiales. Il faut pour ce faire une volonté ferme et soutenue des élus et de l'ensemble de la société pour protéger et prendre soin des personnes les plus vulnérables. 

Malheureusement, dans son dernier rapport, la protectrice du citoyen concluait que ce sont les personnes les plus vulnérables de la société qui ont souffert ces dernières années. Quatre ministres autour d'un projet de loi ne font pas oublier ce triste constat.

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