Dénoncer pour que ça change

La classe politique était déjà interpellée depuis le... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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La classe politique était déjà interpellée depuis le début de la semaine par les intrusions et les agressions survenues dans la nuit de vendredi à samedi dans les résidences de l'Université Laval.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) ÉDITORIAL / Cette fois, pas de déni, pas de tentative de minimiser les faits, pas d'attente de la décision d'un tiers. Les libéraux ont agi promptement. Visé par des allégations d'agression sexuelle, le député Gerry Sklavounos a dû se retirer du caucus. Une décision qui ne présume pas de la culpabilité du député, mais qui indique clairement que le gouvernement ne prend pas les allégations d'agressions sexuelles à la légère. Fermer les yeux aurait été inacceptable et aurait transmis un bien mauvais message au reste de la société.

La classe politique était déjà interpellée depuis le début de la semaine par les intrusions et les agressions survenues dans la nuit de vendredi à samedi dans les résidences de l'Université Laval. Comment faire pour contrer le harcèlement et les agressions sexuelles? Comment rendre les campus plus sécuritaires? Quelle politique adopter pour imposer une culture du respect et repousser la «culture du viol» dans les collèges et les universités du Québec? 

Le défi était surtout celui de la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, et celui de la ministre à la Condition féminine, Lise Thériault. Le problème, majeur, était circonscrit. Le poids reposait sur les recteurs et la communauté universitaire. 

En racontant devant une foule réunie pour appuyer les présumées victimes de l'Université Laval qu'elle avait été agressée en 2014 par un homme siégeant toujours à l'Assemblée nationale, la jeune Alice Paquet a créé un électrochoc et forcé d'autres personnes à se commettre. 

Heureusement, cette fois, la dénonciation d'Alice Paquet et sa prise de parole n'ont pas été vaines. Le premier ministre a demandé des vérifications auprès de chacun des élus libéraux. Il ne s'est pas caché derrière la présomption d'innocence.

En fin de journée, à la demande de la présidente du caucus, Nicole Ménard, Gerry Sklavounos se retirait et devenait député indépendant. Peut-être que les électeurs de Laurier-Dorion exigeront plus. 

L'enquête policière et les choses suivront leur cours. Mais en attendant, le député ne pouvait rester au caucus. Ces derniers jours, le premier ministre et ses ministres ont affirmé que les événements à l'Université Laval étaient inacceptables, que les personnes agressées devaient dénoncer, que les femmes devaient être en sécurité partout.

Il aurait été inconcevable que leur avis change parce qu'un député libéral est visé. «Il n'y a personne au-dessus des lois, que ce soit un député ou non», avait dit en début de journée la ministre Lise Thériault.

Autre fait troublant, Alice Paquet a affirmé qu'on avait voulu protéger son agresseur parce qu'il siégeait à l'Assemblée nationale, parce qu'il était un homme important, parce que sa carrière était plus importante que l'agression qu'elle avait vécue. Elle soutient aussi que le député a exercé du chantage auprès d'elle pour qu'elle se taise. 

C'est malheureusement un argumentaire trop souvent servi aux femmes, aux hommes aussi, qui veulent dénoncer un parent, un collègue ou un patron qui ont commis du harcèlement ou des agressions. La honte, la culpabilité, la peur incitent certaines victimes à garder le silence, à ne pas porter plainte. Seulement 10 % des agressions aboutissent à des plaintes. 

Le chef péquiste Jean-François Lisée n'a pas hésité à parler d'une tentative de «cover up». «Ce n'est certainement pas à la police de dissuader une jeune femme victime d'agression sexuelle de continuer sa démarche pour avoir justice.» 

Certainement pas. Mais on a eu encore la preuve hier, avec le député Serge Simard, que la tentation de banaliser une dénonciation d'agression sexuelle subsistait encore chez certains. On l'avait vu auparavant dans le cas de l'avocat Marcel Aubut. 

Il est plus que temps que ça change et que la règle soit tolérance zéro.

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