Sans recteur, c'est insuffisant!

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En tardant à prendre la parole publiquement, à compatir et à rassurer les victimes présumées, Denis Brière et son équipe ont négligé un principe de base, un élément essentiel pour réussir à contrecarrer la culture du viol et pour imposer une culture du respect.

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(Québec) ÉDITORIAL / Si l'Université Laval s'octroie une note de 9,5 sur 10 pour la façon dont elle a géré les allégations d'agressions sexuelles dans les résidences du campus, le crédit ne revient pas au recteur et à la haute direction. En tardant à prendre la parole publiquement, à compatir et à rassurer les victimes présumées, Denis Brière et son équipe ont négligé un principe de base, un élément essentiel pour réussir à contrecarrer la culture du viol et pour imposer une culture du respect.

Les dirigeants auraient intérêt à lire ou à relire le rapport d'un groupe de travail sur les politiques et procédures en matière de harcèlement sexuel et de violence sexuelle, adopté le 14 octobre par le Bureau de coopération interuniversitaire.

«L'impact positif et de grande portée de l'engagement public de divers acteurs à lutter contre le harcèlement et les agressions à caractère sexuel est incontestable. Il est suggéré aux directions d'universités, aux leaders étudiants, aux divers comités étudiants et professionnels de se positionner ouvertement et publiquement contre le harcèlement et les agressions sexuels dans leurs milieux respectifs. En effet, comme les personnes en autorité sont celles qui donnent le ton à la culture d'un établissement [...] et que la façon dont on cerne un enjeu influence la manière par laquelle on y répond [...] il semble essentiel de demander aux divers meneurs de prendre clairement position sur ces enjeux. Cette prise de position doit énoncer clairement les valeurs liées au respect des personnes sur les campus.»

Même si l'enquête policière sur les évènements de la fin de semaine n'était pas terminée, la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, et le premier ministre Couillard ont compris qu'ils devaient rapidement prendre la parole et non seulement se contenter d'un communiqué de presse. «C'est terrible que les étudiantes ne se sentent pas en sécurité à leur résidence. Ce n'est pas acceptable dans une société comme la nôtre», a affirmé Philippe Couillard. Le ton était donné.

Le recteur Brière est sorti de son mutisme mardi. On peut même se demander s'il l'aurait fait si la ministre David n'était pas venue sur le campus.

M. Brière a expliqué avoir rapidement mis sur pied une cellule de crise, avoir renforcé la sécurité et avoir offert de l'aide psychologique aux supposées victimes et à la communauté universitaire. C'est très bien. Mais tout ça, il aurait pu le dire dès les faits connus et sans compromettre l'enquête policière. Si des informations étaient plus sensibles, il aurait pu expliquer pourquoi il devait s'abstenir de les commenter.

«Nous sommes profondément choqués par les agressions s'étant déroulées dans nos résidences et nous sommes de tout coeur avec les victimes. Nous condamnons sans réserve les crimes rapportés [...], affirmait le vice-recteur Éric Bauce... dans un communiqué publié lundi.

Exprimer tout cela de vive voix et rapidement aurait démontré plus d'empathie, aurait rassuré les étudiantes et leur famille, mais aussi, aurait transmis le message qu'on n'accepte pas l'inacceptable à l'Université Laval, qu'on prend les choses au sérieux si des étudiantes, des étudiants ou des membres du personnel se disent victimes de harcèlement ou d'agressions sexuelles.

La situation est alarmante et non seulement à Laval. Une étude réalisée dans six universités québécoises a révélé qu'une personne sur trois (étudiants et employés) a été confrontée à la violence sexuelle depuis son entrée à l'université. Un problème qui ne se règle pas simplement en verrouillant les portes des résidences. On aura beau élaborer les plus belles politiques pour enrayer la «culture du viol», rien ne changera si la loi du silence, l'indifférence et l'impunité persistent.

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