Médecins au-dessus des lois

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Le ministre Barrette ne peut pas tolérer qu'un établissement donne une interprétation à la loi sur les soins de fin de vie et en fasse une application qui s'éloigne de son esprit et qui fait passer en second la volonté d'un malade.

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(Québec) ÉDITORIAL/ Les malades en fin de vie qui réclament l'aide médicale à mourir et leurs proches n'ont pas à subir une partie de bras de fer entre Gaétan Barrette, le ministre de la Santé, et les médecins. Parmi ces derniers, certains doivent toutefois cesser de se croire au-dessus des lois. C'est une chose qu'un professionnel de la santé refuse de précipiter la mort d'un patient par objection de conscience. C'est son droit. C'en est une autre d'imposer ses vues à un malade souffrant qui formule une demande tout à fait légitime.

On peut souvent reprocher au ministre Barrette son interventionnisme, son penchant à tout contrôler et à dicter ses volontés. Dans le cas de l'aide médicale à mourir et des résistances constatées au CUSM (Centre universitaire de santé McGill) et au CHUM (Centre hospitalier de l'Université de Montréal), l'attitude de M. Barrette apparaît cette fois justifiée.

Un ministre ne peut tolérer qu'un établissement donne une interprétation à la loi sur les soins de fin de vie et en fasse une application qui s'éloigne de son esprit et qui fait passer en second la volonté d'un malade. Où qu'elle soit au Québec, une personne en fin de vie doit pouvoir obtenir les services qu'elle réclame, y compris celui qui précipitera son décès, si elle remplit les exigences de la loi.

Un patient qui se retrouve à l'unité des soins palliatifs du CUSM n'a pas à être transféré d'unité le jour où il veut recourir à l'aide médicale à mourir, la destination finale du continuum de soins pour les malades qui le désirent et qui répondent aux critères fixés par le législateur. D'où vient aussi cette obligation d'avoir été admis au cours des 18 derniers mois au CUSM pour pouvoir accéder à l'aide médicale à mourir dans cet établissement? Ce n'est pas stipulé dans un texte de loi.

Le ministre Barrette a écrit au pdg du CUSM et lui demande d'inviter son conseil d'administration à revoir sa politique relative aux soins de fin de vie pour s'assurer qu'elle respecte la lettre et l'esprit de la loi. Il a aussi communiqué avec le CHUM afin que les patients qui désirent l'aide médicale à mourir ne soient pas lésés. Souhaitons que le message soit entendu sans enclencher d'interminables chicanes entre le ministre et les médecins, et des recours juridiques.

On ne peut nier que la Loi concernant les soins de fin de vie, entrée en vigueur en décembre dernier, exige des médecins, de tout le personnel soignant d'ailleurs, des malades et de leurs proches, de revoir leurs approches, leurs façons de faire, en plus de confronter chaque individu à ses valeurs, ses croyances, ses expériences. C'est forcément déstabilisant et exigeant.

Après cinq années de consultations et de débats, le Québec a accepté d'ouvrir une voie nouvelle aux personnes en fin de vie, mais il était illusoire de penser que circuler sur cette voie se ferait aisément et sans embûches après l'adoption de la loi. Le contraire serait inquiétant. L'enjeu est trop important, trop sensible.

Il faut certes à tous du temps pour apprivoiser cette nouvelle réalité. Donner du temps pour former, pour informer, pour éclairer les zones grises ne doit cependant pas se transformer en obstruction systématique au nom de ses propres croyances, convictions ou valeurs. Ou, comme l'a justifié le CUSM, au nom de la «tradition» des soins palliatifs d'un établissement.

Il est fini le temps où les malades laissaient leur médecin décider de tout. «Il faut qu'on se sorte du paternalisme médical», a affirmé cette semaine la députée péquiste Véronique Hivon.

Il faut avant tout respecter le choix de la personne en fin de vie et ne pas lui imposer sa vision, un transfert de l'unité des soins palliatifs vers une autre, ou lui fermer les portes des maisons de soins palliatifs. Souvenons-nous de la formule maintes fois utilisée : mourir dans la dignité.

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