Parlons-en du suicide

ÉDITORIAL / Il est important de parler du suicide, estiment Alexandre Taillefer... (123RF/Antonio Guillem)

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(Québec) ÉDITORIAL / Il est important de parler du suicide, estiment Alexandre Taillefer et Debbie Zakaib dont le fils de 14 ans a mis fin à ses jours en décembre. Cela s'impose en effet. Et pas seulement du suicide chez les jeunes. Chez les «vieux» aussi de plus de 35 ans où les taux sont encore plus élevés. Les dernières données suggèrent que la baisse du taux de suicide amorcée au Québec au début des années 2000 semble s'estomper. Veillons individuellement et collectivement à ne pas perdre les gains réalisés.

Il faut beaucoup de courage et de force aux parents Taillefer-Zakaib pour témoigner comme ils l'ont fait à l'émission Tout le monde en parle et au micro de Catherine Perrin de Radio-Canada. Même si leur voix est éteinte par l'émotion, même si les mots viennent parfois difficilement puisqu'il s'agit d'expliquer l'incompréhensible et l'extrêmement douloureux - leurs paroles sont très précieuses. Merci. 

Leurs paroles sensibilisent ceux qui n'ont jamais été confrontés à une telle horreur. Elles alertent ceux qui s'inquiètent de la détresse et de la santé mentale d'un proche. Elles rejoignent celles de personnes qui ont vécu un drame similaire et vivent ce deuil particulier. Leurs paroles appellent à la vigilance, à la prévention. Elles poussent à s'arrêter à une réalité qui a frappé 1110 familles en 2014 et à nous demander si le Québec fait collectivement tout ce qu'il peut pour éviter que des personnes de moins de 14 ans, de 33 ou 70 ans décident volontairement de s'enlever la vie, de «partir avant nous par choix», comme le dit M. Taillefer.

Ce père endeuillé est persuadé que le Web peut jouer un rôle et servir à alerter quelqu'un si l'utilisateur d'un site manifeste des idées suicidaires. Il croit que si Twitch et Amazon avaient sonné l'alarme, le sort de son fils aurait pu être différent. Il faut bien sûr exploiter cette voie, innover. Aucune avenue ne peut être négligée lorsqu'il s'agit de sauver des vies ou d'apaiser la souffrance. Mais il faut aussi voir la problématique dans sa globalité.

Il fut un temps où le suicide était un véritable fléau chez les jeunes. Le Québec, en se dotant en 1998 d'une stratégie d'action par rapport au suicide, a réussi à faire reculer le taux de suicide, notamment chez les jeunes. Les coupes budgétaires, entre autres en santé publique, la réorganisation du réseau de la santé et des services sociaux, le manque d'accessibilité à certains services de santé risquent-ils de mettre en péril les progrès réalisés?

Comme pour tout autre phénomène, il faut se demander si nos modes de prévention, d'intervention et de suivi des personnes atteintes de maladies mentales sont adaptés à la réalité et à l'état des connaissances de 2016 et répondent bien aux différentes clientèles. 

L'an dernier, un collectif réclamait au ministre Gaétan Barrette que l'accès aux services de psychothérapie soit assuré (comme le fait notamment l'Australie), déplorant que trop de malades doivent se contenter de prendre des médicaments pour soigner leurs troubles mentaux, faute d'argent ou d'assurance privée pour se payer des séances de psychothérapie. Le collectif, mais également le Commissaire à la santé et au bien-être, ont suggéré au ministère de la Santé et des Services sociaux de donner priorité aux enfants et aux moins de 25 ans, de même qu'aux adultes sans assurance privée. Leur demande est toujours sans réponse.

Une telle approche serait coûteuse? Le Commissaire l'a évaluée à 400 millions $. Selon lui, des études estimaient que la facture de services médicaux pouvait en contrepartie être diminuée de 20 à 30 % avec la psychothérapie. Le Québec pourrait aussi baisser le taux d'absentéisme au travail, la consommation de médicaments et le taux d'hospitalisation. Et sans doute également, sauver de précieuses vies.

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