À la pêche aux gros poissons

Crise politique en Islande, promesses de poursuites judiciaires... (AFP, Rodrigo Arangua)

Agrandir

Crise politique en Islande, promesses de poursuites judiciaires en France, indignation de la Russie: les répercussions de la divulgation par une centaine de journaux de quelque 11,5 millions de documents provenant du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca (photo) ont été immédiates.

AFP, Rodrigo Arangua

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) ÉDITORIAL / La ministre du Revenu, Diane Lebouthillier, est «très contente» de l'enquête journalistique des Panama Papers. Les Canadiens partageront davantage son enthousiasme lorsqu'ils auront l'assurance que le Canada met tout en oeuvre pour lutter contre l'évasion fiscale et qu'il sera intraitable avec ceux qui n'ont aucun scrupule à laisser porter par d'autres - et des moins riches qu'eux - le fardeau fiscal et les charges sociales de l'État.

Mince consolation dans cet immense scandale mis au jour, aucun politicien canadien ne se retrouve, du moins pour le moment, sur la liste du Consortium international des journalistes d'investigation, contrairement à l'Islande, à la Russie, au Royaume-Uni ou à la France qui ont vu étaler de gros noms, l'hypocrisie et le double discours de certains de leurs dirigeants et de leurs proches. Reste à voir si le gouvernement de Justin Trudeau sera à la hauteur pour la suite à donner. Des entreprises canadiennes sont visées, notamment la Banque Royale qui assure respecter la loi.

Le Canada va-t-il se lancer dans une chasse féroce et soutenue aux fraudeurs fiscaux et à ceux qui étirent au maximum l'élastique de l'évitement fiscal, ou va-t-il seulement se montrer combatif lorsque le sujet fait la une? Est-ce la fin des niches fiscales et des vides juridiques qui permettent aux bien nantis d'alléger leur dû? Le Canada va-t-il, comme bien de modestes contribuables le craignent encore malgré les engagements des pays de l'OCDE, s'attaquer aux petits poissons et laisser les gros nager avec aisance? 

L'équipe libérale dit que la lutte contre l'évasion fiscale fait partie de ses priorités. Ottawa a prévu dans son budget que 444 millions $ seront consacrés à cette fin sur cinq ans. Ottawa rappelle aussi l'importance des ententes convenues avec divers pays pour contrer ce  fléau mondial qui prive les gouvernements de milliards de dollars. Pour le Canada, la perte se situerait entre 5 et 7,8 milliards $ par année.

Très bien, mais le flou qui a entouré récemment l'amnistie qu'aurait accordée l'Agence du revenu du Canada à une vingtaine de riches clients de la firme KPMG qui avaient mis à l'abri plus de 130 millions $ à l'île de Man a miné la confiance des Canadiens. À la suite d'un reportage de Radio-Canada faisant état du contestable arrangement, la ministre du Revenu a nié que l'Agence ait accordé une amnistie. «L'Agence a mis à jour le stratagème. L'Agence a vérifié les contribuables. L'Agence a lancé les actions en justice. Le dossier n'est pas terminé. C'est un dossier qui est actif», avait-elle répliqué aux Communes.

Ce qu'on souhaite, c'est que le Canada soit actif sur plusieurs fronts. L'île de Man, Panama et tous les autres paradis fiscaux qui privent le pays d'entrée de fonds. Ce n'est pas tout de se réjouir des informations qu'ont pu tirer des médias de données fournies par un sonneur d'alerte. Le Canada doit être proactif et confronter ceux qui mettent toute leur énergie et leur créativité à contrecarrer les règles fiscales sur la planète.

Il est souhaité que tous les dirigeants saisissent enfin l'urgence d'agir puisqu'ils sont confrontés au quotidien aux impacts de la fraude et de l'évitement dans leur gouvernance. «Si on veut s'expliquer les budgets d'austérité et les politiques ultralibérales que les populations essuient depuis des années, nous avons ici un élément important», a affirmé Alain Denault, auteur d'Offshore, paradis fiscaux et souveraineté criminelle.

La patience des petits contribuables a atteint à bien des endroits ses limites. L'exemple de l'Islande est éloquent. Des milliers de manifestants ont pris la rue à la suite des révélations des Panama Papers. Le premier ministre islandais a démissionné mardi. Une fin qui devrait en faire réfléchir plusieurs.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer