Voisin gonflable et rémunération

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Le ministre de l'Éducation en aura fait sourciller plusieurs en affirmant que le gouvernement du Québec n'a pas les moyens financiers d'offrir aux enseignants les mêmes salaires que ceux versés à leurs collègues de l'Ontario.

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(Québec) ÉDITORIAL / Le syndrome du voisin gonflable, ça existe aussi dans les négociations entre le gouvernement et ses employés. Le hic, c'est que ce n'est pas dans tous les secteurs que Québec accepte de rémunérer ses employés et ceux dont le salaire dépend en grande partie des fonds publics aussi bien que les autres provinces canadiennes. Deux poids, deux mesures. Une cohérence et des données objectives sont nécessaires.

Cette semaine, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, en aura fait sourciller plusieurs en affirmant que le gouvernement du Québec - celui-là même qui ne semble avoir aucune limite lorsqu'il s'agit de la rémunération des médecins - n'a pas les moyens financiers d'offrir aux enseignants les mêmes salaires que ceux versés à leurs collègues de l'Ontario. Au Québec, un enseignant gagne en moyenne 62259 $ par année, comparativement à 80178 $ dans la province de Kathleen Wynne.

M. Proulx commentait une nouvelle du Journal de Québec voulant que le nombre d'enseignants québécois embauchés dans des écoles de l'Ontario a augmenté de 105 % entre 1998 et 2014, passant de 1412 à 2901. «Il y a un écart de salaire, on n'a pas le même filet social au Québec. Est-ce qu'il faut revoir la rémunération? Un jour peut-être, mais actuellement, on est dans la situation que vous connaissez sur le plan budgétaire. Je pense qu'il faut rendre leur travail plus intéressant.» 

C'est vrai, le salaire ne fait pas foi de tout. Un employé aura beau toucher une «grosse paye», si son rôle n'est pas valorisé par l'employeur et dans la société, si ses conditions de travail sont difficiles, si son autonomie professionnelle est mince, sa satisfaction sera moindre et son emploi moins attrayant. Mais Québec n'a pas les moyens financiers... M. Proulx doit trouver meilleur argument.

Si l'État-employeur doit se serrer la ceinture, la même médecine doit s'appliquer à tous. À moins qu'il soit capable de démontrer qu'une politique salariale peu généreuse risque d'engendrer une perte d'expertise vers le privé, un exode vers d'autres provinces ou pays, une pénurie dans des secteurs névralgiques ou d'attirer des recrues au profil moins solide. La rémunération consentie ne peut être basée sur l'arbitraire, sur un préjugé favorable à un groupe. Elle doit tenir compte de la capacité de payer de l'État et de ses autres obligations, ainsi que du coût de la vie ici, et non à Toronto ou à Vancouver.

Réclamer la parité avec le voisin ne peut être un automatisme. Prétendre que son cas est différent des autres catégories d'emploi dans le secteur public est trop facile. La comparaison hors province doit être un élément parmi d'autres. Or, certains l'utilisent pour obtenir toujours plus, qu'importe que d'autres salariés doivent se contenter de miettes, que le risque d'exode ou de pénurie soit réel ou non, et que les contribuables aient à supporter un fardeau encore plus élevé.

Le gouvernement sera encore confronté à des exercices de comparaison délicats.  Pour le renouvellement du contrat de travail des agents de la Sûreté du Québec, les parties ont convenu en 2011 que la présente négociation se réalisera sur la base d'une comparaison de la rémunération globale (salaire, régime de retraite, assurance collective) de sept services de police de référence, cinq au Québec en plus de l'Ontario Provincial Police et de la GRC.

À l'Enseignement supérieur, Hélène David n'échappera pas non plus au jeu des comparaisons dans ses pourparlers avec les universités (financées en grande partie par des fonds publics) pour mieux encadrer et rendre plus transparente la rémunération des recteurs et des hauts dirigeants. 

Il sera intéressant de voir quels seront les moyens financiers du Québec dans ces deux cas.

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