Briser le carcan médical

La coopérative sans médecin SABSA... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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La coopérative sans médecin SABSA

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) ÉDITORIAL / Si la coopérative de solidarité SABSA de Québec ferme ses portes le 1er mai, il faudra conclure que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, se soucie davantage de préserver le pouvoir et les revenus des médecins que d'offrir des soins de première ligne à des personnes vulnérables - et, de surcroît, à moindre coût.

La situation dans laquelle se retrouve la clinique sans médecin, destinée à la population des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur, est aberrante. Et une fois de plus, elle témoigne de la difficulté du Québec d'adopter en santé des approches et des façons de faire qui ont pourtant fait leurs preuves ailleurs au Canada et dans d'autres pays.

Les résistances et le blocage auxquels font face les infirmières praticiennes spécialisées - à moins qu'elles décident d'ouvrir leur propre clinique dans le secteur privé - rappellent les difficultés rencontrées par les sages-femmes dans un passé récent. Celles-ci ont dû argumenter et patienter pendant des décennies avant que leur travail et leur autonomie soient reconnus et que les Québécoises puissent, comme d'autres Canadiennes, accoucher où elles le souhaitent et avec l'aide du professionnel de leur choix. 

La coop SABSA (services à bas seuil d'accessibilité) rejoint près de 1500 personnes; 95 % des problèmes de santé des gens qui s'y présentent sont réglés par des infirmières praticiennes. La clinique met en lien le patient avec un médecin ou un spécialiste si son état le nécessite. La coop est de plus fréquentée par une clientèle (itinérants, toxicomanes, personnes atteintes de maladies mentales, patients sans carte d'assurance-maladie) qui ne va pas spontanément vers les CLSC ou les cabinets de médecins. L'inverse est vrai aussi. Les cliniques ne recherchent pas ce type de clientèle désorganisée. SABSA comble manifestement un besoin.

Or, même si le ministre Barrette reconnaît que SABSA est un «excellent projet», il refuse de financer ses activités. Faute de financement - la clinique fonctionnait avec l'aide de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec et d'autres dons -, plus d'un millier de patients deviendront orphelins. Non pas parce que les services offerts sont mauvais ou incomplets, non pas parce que le personnel ne veut pas poursuivre la tâche; seulement parce que le ministre veut que la clinique s'intègre à un CLSC, à un GMF (groupe de médecine de famille) ou à une clinique réseau. Hors de ce trio, point de salut pour la coop.

Le ministre tient à son modèle unique. Il vante l'interdisciplinarité professionnelle et la contribution des infirmières spécialisées, pourvu qu'elles s'insèrent dans le modèle médical établi, alors que son objectif premier devrait être de répondre aux besoins d'une clientèle particulière à qui le système en place ne convient pas. Au ministère, au CIUSSS et à SABSA de s'entendre sur des modalités pour que la clinique survive. La crainte d'établir un précédent ne devrait pas mettre fin à un projet qui augmente l'accès aux services publics.

M. Barrette se défend de couper des services. Il prétend que les services de la coop seront simplement déplacés et que les patients trouveront tout sous le même toit. Illusion. Certains types de patients ne prendront jamais la porte que leur désigne le ministre. Et ni le ministre ni les contribuables ne gagneront à les priver de soins. Leur état risque d'empirer et ils aboutiront aux urgences des hôpitaux. Nous voilà bien avancés. 

Selon M. Barrette, «on est dans un débat qu'on pourrait qualifier à la limite d'idéologique, mais [il] ne pense pas que ce soit dans l'intérêt de la population». À preuve du contraire, la façon de faire de SABSA est positive, alors que le modèle qu'il préconise ne garantit pas que la population vulnérable de la basse ville en sortira gagnante.

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