Dénigrer, intimider pour gouverner

Diane Lamarre, porte-parole du PQ en matière de... (Karine Dufour)

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Diane Lamarre, porte-parole du PQ en matière de Santé, et le ministre Gaétan Barette ont participé à Tout le monde en parle, dimanche soir.

Karine Dufour

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(Québec) ÉDITORIAL / Le ministre Gaétan Barrette pourrait très bien s'excuser auprès de sa collègue péquiste Diane Lamarre, et le premier ministre Couillard souhaiter que la joute parlementaire se déroule en termes plus respectueux. Mais cela risquerait d'être encore une fois pour la galerie, pour la forme. Chassez le naturel, il reviendra vite au galop. L'intimidation, l'arrogance et la suffisance semblent bien ancrées chez certains membres de l'équipe libérale.

Mme Lamarre s'ajoute à la liste de personnes qui ne trouvent pas grâce aux yeux de M. Barrette, car elles ont l'immense défaut - en plus de ne pas être médecins spécialistes -  de ne pas défendre le même point de vue que lui ou que son gouvernement. 

Ce n'était pas assez de traiter la députée péquiste «d'ignorante», d'«épileptique», d'«architecte du néant». Le ministre l'a accusée la semaine dernière d'être en conflit d'intérêts permanent, d'avoir eu «les deux mains dans le plat de bonbons» lorsqu'elle présidait l'Ordre des pharmaciens. Le lendemain, il affirmait cependant qu'elle était la personne la plus intègre du PQ. Harcèlement et intimidation? Simple joute parlementaire pour attirer l'attention de la presse et du public?

Rabaisser, s'attaquer personnellement et de façon virulente à ses adversaires pour imposer ses idées font partie de la méthode Barrette à l'intérieur - ou à l'extérieur - de l'Assemblée nationale. Les médecins de famille qui ne travaillent pas assez et qui focalisent uniquement sur leur qualité de vie, Claude Castonguay qui devrait prendre sa retraite, Diane Francoeur de la Fédération des médecins spécialistes qui a l'élection en tête et l'ex-ministre de la Santé Réjean Hébert ont eux aussi été malmenés par le Dr Barrette. Le ministre a également été accusé d'ingérence et d'abus de pouvoir de la part  de l'ex-pdg du CHUM, Jacques Turgeon, et de membres du conseil d'administration. L'un d'eux, Michel Gervais, l'a qualifié de «prince» qui veut diriger le réseau de la santé et des services sociaux comme si c'était sa clinique privée.  

Le ministre a aussi fait adopter le projet de loi 10, qui lui donne de plus grands pouvoirs sur les gestionnaires du réseau. Sa réforme a même mené à l'abolition de l'Association des établissements de santé et des services sociaux, pour s'assurer que des voix discordantes ne s'exprimeraient pas publiquement. Pour limiter les débats publics, les libéraux s'inspirent beaucoup des conservateurs d'Harper qui regroupaient plusieurs thèmes dans un même projet de loi. Dans son projet de loi 20, M. Barrette a traité de l'accès à la médecine de famille et spécialisée ainsi que de la procréation assistée, et a ajouté au dernier moment les frais accessoires. Tout ça dans l'intérêt public et pour le bien des patients? Cela reste à voir. Jusqu'à maintenant, les médecins semblent être ceux qui en tirent le plus de profits.

On peut souhaiter que Philippe Couillard rappelle à l'ordre son ministre. Le public serait sûrement moins cynique si les élus rehaussaient le niveau de leurs échanges et argumentaient avec respect pour faire avancer des dossiers plutôt que de se dénigrer. Cela s'arrimerait mieux aussi au message contre l'intimidation et le harcèlement du gouvernement.

Encore faut-il que les libéraux aient envie d'échanger et de débattre. Le chef Couillard n'a rien d'un bagarreur de ruelle comme son coloré collègue Barrette. Il a néanmoins une façon bien particulière de s'adresser à ceux qui lui posent des questions. François Legault de la CAQ s'inquiète à propos de la hausse du nombre d'immigrants? Il souffle sur les braises de l'intolérance, avance le premier ministre. Certains s'interrogent sur le féminisme des membres de son cabinet? M. Couillard trouve que ça fait un peu «inquisition» comme débat. Rien de moins. Le ton doit certes changer à l'Assemblée nationale. L'exemple doit venir de haut et de la part de tous les chefs.

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