Un sirop d'érable au goût amer

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Ce n'est pas parce que leurs produits font déjà bonne figure à l'international que les acériculteurs québécois peuvent se reposer sur leurs lauriers.

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(Québec) ÉDITORIAL / Alors que les Américains sont incités à augmenter leur production de sirop d'érable, le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Pierre Paradis, veut répliquer en chambardant l'industrie acéricole québécoise, en insécurisant les producteurs d'ici, en les opposant les uns aux autres et en risquant de freiner des investissements. Étrange façon de gagner des parts de marché et de dynamiser une industrie présente dans plusieurs régions du Québec.

Comme dans n'importe quel autre domaine, les producteurs acéricoles du Québec doivent s'adapter aux goûts des consommateurs, développer des produits de niche, miser sur une plus grande qualité et diversité, renforcer, voire percer de nouveaux marchés ici et à l'étranger, et augmenter leur rendement. Ce n'est pas parce que leurs produits font déjà bonne figure à l'international qu'ils peuvent se reposer sur leurs lauriers.

Mais comment agir pour conserver encore longtemps la première place alors que d'autres, les États-Unis, le Nouveau-Brunswick et l'Ontario notamment, exploitent davantage le filon d'or, et profitent même du système établi au Québec sans en payer les frais?

Le ministre Paradis semble faire sien le rapport qu'il a commandé à Florent Gagné, un ancien directeur de la Sûreté du Québec et sous-ministre aux Transports, Pour une industrie acéricole forte et compétitive. Il est prêt à modifier le système de contingentement de la production et la mise en marché centralisée du sirop d'érable pour freiner une perte de marché de 10 % sur le marché mondial. Une donnée que réfutent la Fédération des producteurs acéricoles du Québec, de même que le professeur Maurice Doyon, du Département d'économie agroalimentaire et des sciences de la consommation, de l'Université Laval.

Par contre, d'autres acériculteurs, depuis longtemps en désaccord avec la Fédération, saluent le rapport Gagné. Ils veulent la liberté, la fin du cartel, scandaient-ils vendredi devant le parlement. Ils estiment que le libre marché servira mieux leurs intérêts. Vraiment?

Individuellement, un producteur soumis aux aléas des saisons des sucres fera mieux qu'uni avec des milliers d'autres pour négocier avec une dizaine de gros acheteurs, pour faire sa place sur le marché des États-Unis, du Japon, du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de l'Australie et de la France? Seul, il pourra mieux se prémunir contre la fluctuation des prix, faire de la promotion, déterminer les moyens de production les plus efficaces et soutenir la recherche et le développement? Cela nous paraît fort optimiste, voire utopique.

Lorsque le dollar canadien était fort, les États-Unis ont manifesté un grand intérêt pour la production acéricole en soutenant et en incitant leurs acériculteurs à accroître leur nombre d'entailles, à doter leurs installations d'équipements modernes et en prônant l'achat local plutôt que québécois. La dégringolade du dollar canadien rejoue en faveur du Québec.

Pour produire davantage, les producteurs d'ici doivent d'abord pouvoir entailler plus d'érables. La Fédération en réclame d'ailleurs 2,3 millions $ de plus depuis 10 mois sans que la Régie des marchés agricoles ait encore statué. Il y a sûrement moyen d'accélérer le processus avant de tout remettre en question ce qui a contribué à la réussite de l'industrie. À qui profiterait un démembrement? Aux consommateurs qui mettent du sirop sur leurs crêpes? Ce serait étonnant. Aux petits producteurs? Aux gros acheteurs et aux transformateurs?

Avant d'imposer un modèle hybride, M. Paradis doit être capable de fournir des prévisions étoffées, dire sur quoi il s'appuie pour prétendre que le Québec en sortira gagnant, en plus de préciser comment serait compensée la possible perte de valeur des érablières si le contingentement est levé. Il l'a dit. Il ne veut pas être le ministre responsable du déclin.

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