La langue des patrons et des ouvriers

Le chef de la direction d'Agropur, Robert Coallier... (La Presse, Alain Roberge)

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Le chef de la direction d'Agropur, Robert Coallier

La Presse, Alain Roberge

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(Québec) ÉDITORIAL / Si le Québec défend du bout des lèvres l'usage de la langue française au travail, il risque de se retrouver de plus en plus avec des entreprises qui, comme Agropur, ne voient aucun problème à ce que des patrons parlent uniquement anglais aux employés de leur usine, et d'autres qui se soucient bien peu que les travailleurs immigrants puissent s'exprimer en français.

À l'unanimité, l'Assemblée nationale a réitéré la semaine dernière que le français est la langue officielle, la langue commune d'usage dans l'espace public, la langue de travail de l'intégration des nouveaux arrivants au Québec. Elle a de plus réaffirmé l'importance capitale d'offrir des cours de francisation à tous les nouveaux Québécois et reconnu le rôle primordial du gouvernement et des entreprises dans la francisation.

Tout va bien, il n'y aucune raison de s'inquiéter de la défense et de la promotion du français au Québec? Pas tout à fait. Les bottines ne suivent pas toujours les babines.

L'opposition péquiste, caquiste et solidaire dénonce l'inaction du gouvernement. Elle constate que les sommes consacrées à la francisation en entreprise sont en baisse, que plus de 40 % des immigrants ne maîtrisent pas la langue française et que le taux de décrochage des immigrants inscrits à des cours est élevé.

La ministre de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Kathleen Weil, a beau porter l'attention sur d'autres données, il n'en demeure pas moins que certaines attitudes devraient inciter tout le monde à la vigilance. Non pas en se repliant sur soi et en niant la nécessité de connaître une autre langue pour brasser des affaires et conquérir de nouveaux marchés, mais bien, en réaffirmant la place du français au Québec, notamment dans les milieux de travail. Il ne doit y avoir aucune ambiguïté. 

Le chef libéral Philippe Couillard envoie parfois de mauvais signaux. En  campagne électorale, il a affirmé que des employés d'usine devraient être capables de parler anglais si un client se présentait devant eux. Il a prononcé un discours uniquement en anglais en Islande. Sa ministre Weil a aussi semé la confusion en déclarant que les commissions scolaires anglophones pourraient s'occuper des jeunes réfugiés syriens. 

Lorsque des dirigeants semblent si peu convaincus de l'importance de protéger le  français, il ne faut pas s'étonner que des entreprises mettent le français de côté. Aliments Ultima, coentreprise d'Agropur coopérative, ne semblait pas juger indispensable avant dimanche que deux cadres puissent s'adresser en français aux employés de Granby.

«On n'engage pas sur la base de la langue, on engage sur la base des compétences», disait le grand patron. Dimanche, le ton avait changé. «La prise de cours de français par les cadres concernés débute immédiatement, et nous nous assurerons dorénavant d'embaucher des cadres, qui, s'ils travaillent au Québec, puissent communiquer adéquatement en français. [...| Chez Agropur, la compétence linguistique fait partie intégrante de l'ensemble des compétences que nous recherchons lors de l'embauche de nos cadres.»

Une situation similaire s'est produite en 2011 à la Caisse de dépôt et placement où la nomination d'unilingues anglophones à des postes stratégiques de la filiale immobilière Ivanhoé Cambridge forçait des employés de Montréal à travailler en anglais. 

Pour combler des besoins en main-d'oeuvre et pour répondre à une «urgence de nature économique», des entreprises manufacturières souhaiteraient aujourd'hui que le gouvernement leur permette d'embaucher des travailleurs immigrants avant même qu'ils suivent un cours de français. Le message doit pourtant être clair pour tous et à tous les niveaux : la connaissance du français est essentielle pour travailler au Québec et la francisation n'est pas optionnelle.

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