Pendant qu'ils jasent, elles fuguent

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Le centre jeunesse de Laval

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(Québec) ÉDITORIAL / Comme le dit la ministre Lucie Charlebois, «tout le monde sait que la prostitution existe depuis toujours, qu'il y a des gangs de rue depuis toujours et que le crime organisé existe depuis toujours». Tout le monde sait aussi que si les autorités relâchent leur vigilance et si elles lésinent sur les moyens pour les contrer, des jeunes, filles et garçons, risquent d'être encore plus nombreux à tomber dans le piège et à être exploités. Québec a pris ce risque. Il doit maintenant rattraper le temps perdu et regagner la confiance du public.

Tant Mme Charlebois, ministre responsable de la Protection de la jeunesse, que son confrère de la Sécurité publique, Martin Coiteux, disent s'activer pour présenter sous peu un plan global contre l'exploitation sexuelle et les agressions sexuelles. La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, et la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, sont venues mercredi à leur rescousse pour rappeler les travaux en cours. Bel effort interministériel, mais rien pour rassurer les parents dont les filles et les garçons sont sur une mauvaise pente. Pendant qu'ils jasent, des filles fuient.

Pourquoi a-t-il fallu une série de fugues à Laval pour que Québec soit enfin sur le point d'accoucher d'un plan? C'est désolant, mais sans cette inquiétante succession de fugues de jeunes filles, sans ces drames familiaux, on peut penser que ce ne serait pas encore une grande priorité pour le gouvernement ni qu'il élèverait la priorité à un niveau encore plus élevé, comme l'affirmait mercredi M. Coiteux.

Le gouvernement a beau démontrer ces dernières heures une volonté d'agir promptement et globalement, les faits portent à croire qu'il aurait pu poser des gestes plus tôt. Si un document daté de février 2014 indique que les «centres jeunesse sont des lieux privilégiés de recrutement de mineures», que des pistes d'action sont identifiées, que des services policiers réclament plus de ressources, cela devrait normalement être pris au sérieux, d'autant plus que cette conclusion est tirée de six mois de consultations auprès de plus d'une centaine d'organismes.

Un résumé de fonctionnaires qui n'est pas venu sur le bureau de la ministre, a soutenu Lise Thériault. Vraiment? Si tel est le cas, il faudra sévir. Ce dossier rappelle le temps de réaction et d'intervention injustifiable dans le cas de femmes autochtones présumées victimes d'abus de la part d'agents de la Sûreté du Québec, à Val-d'Or.

On n'a pas à reprendre le travail au complet lors d'un changement de garde ni à tenter de réinventer la roue. C'est sûr que pendant qu'on élabore des plans, on n'a pas à mettre des gens sur le terrain et à les payer pour qu'ils s'occupent de jeunes fragiles et déboussolés, qu'ils soutiennent leurs familles et traquent les proxénètes. 

«La vie n'est pas que chiffres», disait récemment Philippe Couillard. Peut-être ses ministres ont-ils trop longtemps rivé leurs yeux sur ceux-ci et négligé le reste? La ministre Charlebois a encore soutenu cette semaine que la coupe de 20 millions $ dans les centres jeunesse était purement administrative, qu'il n'y avait pas eu de services retranchés. Si les besoins sont en hausse, si des ressources supplémentaires sont souhaitées depuis 2013, on ne doit pas s'étonner des ratés.

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