Revenu garanti: pas une balloune?

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(Québec) ÉDITORIAL / D'un côté, la simplification de l'État; de l'autre, le maintien de la dignité des gens. Présenté ainsi, le revenu minimum garanti qu'envisage d'instaurer Philippe Couillard semble posséder toutes les vertus, en plus de lui permettre de séduire à la fois la droite et la gauche. Or, l'intérêt du gouvernement est si soudain qu'il est difficile de ne pas y voir une «balloune», une façon de se désengager de certaines responsabilités tout en ayant l'air de se soucier du sort des moins fortunés et de la classe moyenne.

M. Couillard n'avait pas chargé François Blais, un expert du «revenu garanti pour tous», d'étudier la faisabilité d'un tel projet lorsqu'il l'a nommé pour la première fois ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale. Le chef libéral n'avait pas non plus manifesté un intérêt pour une réforme d'une telle ampleur durant la campagne électorale. Il voulait réformer la fiscalité, mais non dans cette optique, et préconisait aussi une révision des programmes gouvernementaux.

Ce n'est qu'en ramenant M. Blais à l'Emploi et à la Solidarité sociale, après son passage à l'Éducation, qu'il lui demande de se «pencher sur l'amélioration de nos outils de soutien de revenu dans la direction de l'instauration d'un revenu minimum garanti». M. Blais pilotera en même temps le controversé projet de loi 70 visant à permettre une meilleure adéquation entre la formation et l'emploi ainsi qu'à favoriser l'intégration en emploi. Déjà hier, le ministre tentait de mieux concilier ses deux mandats. 

Vendredi, le premier ministre a indiqué qu'il était très sérieux quand il parle de ça (le revenu minimum garanti). Mais pourquoi parle-t-il de ça maintenant? Pourquoi ce modèle étudié et testé à petites échelles par le passé, notamment au Manitoba, et que s'apprête à implanter l'an prochain la Finlande et peut-être la Suisse, attire-t-il maintenant les libéraux et non plus seulement Québec solidaire? Pour être solidaires des gens qui perdront leur emploi à cause du progrès technologique et pour simplifier considérablement l'enchevêtrement des prestations et de règles, a répondu M. Couillard.

Il est évidemment souhaitable qu'un gouvernement réfléchisse à de nouvelles façons de faire pour s'adapter aux réalités d'aujourd'hui. Vaudrait-il mieux verser une allocation universelle à tous les adultes, mettre fin à l'aide sociale et à d'autres mesures de soutien et abolir ainsi un paquet de programmes et la bureaucratie nécessaire pour les bâtir et les gérer? L'approche est séduisante, mais complexe. L'objectif à atteindre doit être clairement établi et non en cacher un autre moins avouable. 

L'État devrait débourser des milliards de dollars pour verser une allocation sans condition à tous les adultes. À quelle hauteur fixerait-on ce montant? Récupérer les chèques de «bien-être» ne suffit pas. Qu'est-ce qu'on élimine? L'aide au logement, le soutien familial, le salaire minimum, l'assurance parentale, les prestations de vieillesse et le supplément de revenu garanti versés par Ottawa, l'aide financière aux étudiants, le crédit de solidarité?

La liste peut être longue. Ceux qui demeureront hors du marché du travail ou les bas salariés en sortiront-ils gagnants? Le travail et les études perdront-ils de leur attrait? Quel sera l'effet sur la participation des femmes et des mères au marché du travail? 

Québec solidaire rappelle que les obstacles sont nombreux, qu'il faut soupeser le pour et le contre de chaque mesure et éviter de profiter de l'exercice pour se débarrasser de services publics. Un véritable revenu minimum garanti doit permettre de vivre et non seulement de survivre, a précisé Françoise David.

La réflexion sur une allocation pour tous et sans condition doit en effet faire avancer la société québécoise et faire reculer la pauvreté, et non l'accroître dans le seul dessein de réduire la taille de l'État.

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