Les économies du ministre Barrette

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Les dépassements de coûts et d'échéances dans plusieurs projets du gouvernement appellent à la prudence. Les économies que fait miroiter le ministre Gaétan Barrette pourraient se retrouver dans les poches d'entreprises et non dans de meilleurs soins aux patients.

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(Québec) Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, espère des dizaines, voire des centaines de millions de dollars d'économies, du nouveau mode de financement qu'il veut instaurer dans le réseau de la santé. À quel prix, à quelles conditions? Les malades y gagneront-ils? La vigilance est de mise tant de la part du ministre que de la population.

Québec jongle depuis quelques années - y compris sous un gouvernement péquiste - avec l'idée d'introduire le financement «à l'activité», «axé sur le patient». Au lieu que l'État finance ses établissements de santé globalement et en fonction des budgets accordés par le passé, il le ferait plutôt en fonction du type et du volume de services rendus aux patients. 

Selon M. Barrette, cette façon de procéder permettra de soutenir la pertinence des soins, d'améliorer leur accessibilité et d'introduire de la concurrence à l'intérieur du réseau public. La collecte uniforme de données cliniques et administratives permettra d'évaluer et de comparer ce qu'il en coûte par exemple pour une chirurgie de la hanche, et de verser la somme nécessaire aux établissements. 

Tous s'entendent sur la nécessité de payer le juste prix pour des services et de gérer efficacement les fonds publics. Le financement à l'activité a des avantages, mais il faut aussi dire qu'il comporte des pièges. L'expérience d'autres pays qui ont adopté ce modèle peut nous les éviter. 

Des voix s'élèvent déjà. Amir Khadir, de Québec solidaire, est de ceux qui se montrent critiques. Il appréhende une privatisation des soins et juge «ahurissante» l'attribution sans appel d'offres d'un contrat de 64 millions $ à l'entreprise Logibec, qui analysera les coûts des soins de santé. 

Les dépassements de coûts et d'échéances dans plusieurs projets informatiques du gouvernement - qu'on pense au fameux Dossier santé - appellent en effet à la prudence et à la rigueur. Les économies que fait miroiter M. Barrette pourraient se retrouver dans les poches d'entreprises et non dans de meilleurs soins aux patients.

Critique déformée par la partisanerie? Regardons la revue de littérature sur les expériences étrangères (notamment en Allemagne, en Angleterre, en France, en Norvège et en Suède) produite à ce sujet en 2013 par l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS), à la demande du ministre de la Santé et des Services sociaux. 

Les auteurs notent «la difficulté, voire l'impossibilité d'isoler l'impact propre de ce mode de financement, notamment en raison de l'influence concomitante d'autres politiques ou mesures budgétaires mises en oeuvre par les autorités ministérielles». 

«Sur le plan de l'efficacité, de façon générale, l'activité hospitalière (séjour et cas d'un jour) a augmenté et la durée moyenne de séjour a diminué, bien que ces changements poursuivent la tendance observée avant l'implantation du système de FAA. La hausse d'activité a entraîné en même temps un accroissement des dépenses, un effet problématique lorsque des politiques de contrôle des dépenses de santé ont été mises en oeuvre.» L'INESSS relève aussi une caractéristique notable et commune aux pays européens : les médecins spécialistes pratiquant dans les hôpitaux sont des employés salariés. Ce n'est pas le cas au Québec. 

La note réalisée en 2012 par l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) nourrit aussi la réflexion. L'IRIS relevait entre autres que le mode de financement à l'activité pouvait entraîner l'embauche d'une armée de consultants experts dans le codage, la «surprestation» de certains soins (le cas en Norvège) et une augmentation du nombre de gestionnaires (hausse phénoménale en Angleterre). 

Ce n'est pas de ce type d'effets dont le système de santé et les malades québécois ont besoin.

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