Ne pas céder au lobby des armes

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Si les policiers, les directions de santé publique, les coroners et les organismes de prévention du suicide jugent utile un registre des armes, pourquoi y renoncer parce que des chasseurs ou des tireurs sportifs s'y opposent?

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(Québec) ÉDITORIAL / L'exercice s'annonçait facile. Québec présentait un projet de loi sur l'immatriculation des armes à feu quelques jours avant la commémoration de la tuerie à Polytechnique où 14 jeunes femmes ont été tuées, et tout le monde serait content. L'abolition du registre fédéral par les conservateurs de Stephen Harper n'a-t-elle pas été dénoncée par le passé à l'Assemblée nationale? Aujourd'hui, certains députés hésitent. Le Québec, ce n'est pas les États-Unis, mais le lobby des armes et des chasseurs y est néanmoins actif. Y céder risquerait d'envoyer un message négatif.

Une pétition demandant au gouvernement Couillard de renoncer au projet de loi 64 et à la création d'un registre québécois des armes d'épaule a déjà recueilli plus de 20 000 appuis. Les signataires réclament de plus qu'il gère les revenus de l'État de façon responsable en visant l'efficacité plutôt que la satisfaction des groupes de pression.

Leurs propres pressions portent déjà des fruits puisque des députés libéraux, péquistes et caquistes sont indécis à la suite de représentation de leurs électeurs. Un porte-parole du groupe «Tous contre un registre québécois des armes à feu», a déclaré au Devoir que l'unanimité passée en faveur d'un registre en était une de façade, que ce projet est «purement politique et symbolique».

Quand il est question de vies humaines, les symboles ne sont jamais à négliger. Le message doit être clair : au Québec la possession d'armes n'est pas banalisée, et le lobby des armes ne fait pas la loi.

Les opposants au projet déposé par le ministre Pierre Moreau font valoir que le registre est inutile, qu'il ne rendra pas le Québec plus sécuritaire, qu'il ne cible pas le bon problème, qui en est un plutôt de santé mentale, et qu'il risque de coûter bien cher alors que Québec applique une rigueur budgétaire excessive. Certains accusent même le gouvernement d'abus de pouvoir, d'acharnement, voire de harcèlement. Rien de moins.

Le ministre de la Sécurité publique s'est bien gardé pourtant de présenter son projet comme un rempart contre tous les drames et les actes de violence. Les membres du crime organisé ne se retrouveront évidemment pas dans le registre. M. Moreau parle plutôt d'un outil additionnel pour prévenir les drames liés à la possession et à la présence d'armes à feu.

Si les policiers, les directions de santé publique, les coroners et les organismes de prévention du suicide jugent utile un tel registre notamment parce qu'il permet aux policiers d'intervenir plus rapidement, plus efficacement et de mieux suivre la trace des armes, pourquoi y renoncer parce que des chasseurs ou des tireurs sportifs (que nous ne considérons pas comme des criminels en attente, entendons-nous bien) s'y opposent? Plusieurs paient déjà pour des permis de conduire et immatriculent leur voiture. Que craignent-ils de l'obligation de faire immatriculer leurs armes?

Certains appréhendent une perte de contrôle du coût de ce registre, dont la mise en place est évaluée à 17 millions $, et qui nécessitera 5 millions $ annuellement. Ils doutent que l'immatriculation demeure gratuite. Ces craintes sont fondées compte tenu du fiasco financier du registre fédéral et les difficultés répétées des gouvernements d'évaluer correctement un projet et d'éviter les dépassements de coûts. On peut néanmoins espérer que Québec veillera à ne pas répéter les erreurs d'Ottawa et que l'immatriculation ne sera pas fastidieuse.

Pour d'autres, Québec devrait renoncer au registre et investir plutôt dans la prévention des troubles mentaux. Rien n'empêche d'agir sur plus d'un front lorsqu'il s'agit de prévenir des blessures et de sauver des vies.

Comme tous les projets de loi, celui sur les armes est sans doute perfectible. Les députés doivent toutefois éviter de tomber dans le même piège que les élus américains sous l'emprise du lobby des armes malgré la mort de milliers de personnes.

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