Dépendances et économies

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(Québec) ÉDITORIAL / L'objectif de bien gérer les fonds publics versés aux centres de désintoxication ne doit pas se réaliser au détriment des bénéficiaires de l'aide sociale qui composent une forte proportion de la clientèle de ces établissements. En ratant la cible et en faisant des victimes collatérales qui retourneront à la rue, en prison ou qui dépendront encore pour longtemps de l'alcool, des drogues ou de l'aide sociale, Québec risque de débourser plus que le montant qu'il cherchait à économiser.

Trois centres de désintoxication ont fermé leurs portes au cours des six derniers mois. Un des plus importants au Québec, la Maison Mélaric, à Saint-André-d'Argenteuil, a mis fin abruptement mardi à la cure de 75 personnes. La direction du centre explique sa décision par le manque de financement adéquat provenant de Québec. Un effet de «l'austérité libérale», ont dit certains. Nuances avant de tirer cette conclusion.

Les centres de désintoxication sonnaient déjà l'alarme en 2013 lorsque le gouvernement péquiste de Pauline Marois tenait les rênes. «Aide sociale : des centres pour traiter les dépendances sont menacés par la réforme», titrait un quotidien. La ministre Agnès Maltais voulait limiter à 90 jours la durée des séjours dans ces centres.

Son ministère avait constaté que des bénéficiaires de l'aide sociale pouvaient y séjourner pendant 18, 24 voire 30 mois alors que la durée optimale de séjour était évaluée entre 15 et 28 jours. Québec voulait réduire les coûts du programme qui avaient connu une progression importante, passant en quelques années de 5 à 25 millions $. Le gouvernement péquiste avait finalement corrigé le tir en fixant la durée à 183 jours par année - répartis en un maximum de deux séjours. Une prolongation était également possible.

Lorsqu'il a été nommé à la Solidarité sociale et qu'il a proposé des changements à l'aide sociale, le libéral François Blais a aussi montré du doigt les maisons pour toxicomanes. «Il y a une pratique de surfacturation du service. Plusieurs maisons facturent davantage et parfois deux fois plus les bénéficiaires de l'aide sociale que les chômeurs», disait-il en février. M. Blais, qui a été remplacé par Sam Hamad à ce poste, rappelait que son ministère verse directement 1500 $ par mois à la maison qui accueille un bénéficiaire de l'aide sociale. Le prestataire se retrouve donc avec un chèque de 200 $ pour ses dépenses personnelles.

En perdant la possibilité de réclamer des frais supplémentaires aux bénéficiaires, des centres estiment qu'il devient impossible de joindre les deux bouts et de poursuivre leurs activités. L'Association provinciale des organismes en dépendance estime qu'il faudrait une allocation de 60 $ par jour pour y arriver alors que celle-ci varie entre 37 et 49 $. Pour 1500 lits, elle estime que la note se chiffrerait à 4 millions $ par année pour l'État. Des centres souhaitent aussi une meilleure redistribution des ressources financières du programme de soutien aux organismes communautaires.

La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, soutient pour sa part que tout le monde a le même mode de financement, que du soutien est accordé et que la situation où se trouve le Québec ne permet pas d'augmenter les montants accordés.

Le gouvernement a-t-il effectué tous les calculs? Il y a aussi des coûts si des bénéficiaires de l'aide sociale n'ont pas de services dans leur région, s'ils boudent les thérapies faute de moyens et s'enfoncent ainsi dans leur dépendance. Des coûts en services de santé et sociaux, en plus des prestations d'aide sociale. Des coûts qui augmentent si la toxicomanie conduit l'individu en détention.

La réforme mise en oeuvre par le ministre Blais et poursuivie par son collègue Hamad devait permettre d'économiser combien déjà?

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