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(Québec) ÉDITORIAL / Deux familles de la région de Québec poursuivent les commissions scolaires de la Capitale et des Navigateurs parce que leur enfant autiste ou dysphasique n'a pas eu accès à une classe «spéciale». Il y a plus de 30 ans, des parents s'adressaient à la cour pour que leurs enfants handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage sortent des écoles ou des classes spéciales et soient intégrés aux classes ordinaires. Un contraste qui illustre que malgré les progrès réalisés et l'argent investi, le milieu scolaire peine toujours à offrir des services adaptés au profil de chaque enfant.

«L'intégration à la classe régulière, on en a fait un dogme mur à mur», déclarait cette semaine Christian Lajoie, l'avocat des parents qui réclament des dédommagements de 600 000 $ et de 400 000 $. Il allègue la négligence grossière, la discrimination systémique. Les défenseurs de l'intégration voyaient dans la classe ordinaire le lieu et le moyen privilégiés de scolariser l'enfant tout en tenant compte de ses besoins.

Entre l'exclusion totale et l'intégration à tout prix, existe-t-il un juste milieu? L'école était-elle capable, en 2015, après une évaluation par des professionnels, de fournir les services qui serviront le mieux les intérêts de l'élève handicapé ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA) et qui respectera le souhait de ses parents? Le tout, faut-il ajouter, en ne lésant pas les autres enfants de la classe. Certains attribuent en effet à l'intégration le fait que les élèves «forts» fuient les classes ordinaires pour se diriger vers les programmes sports, arts ou langues (un autre type de classes spéciales), ou vers le privé.

C'est le casse-tête devant lequel se retrouvent le ministère de l'Éducation, les parents, les enseignants, les commissions scolaires, les directeurs d'école et le personnel en soutien aux enseignants depuis des décennies. En 2010, tous identifiaient l'intégration des EHDAA dans les classes ordinaires comme le problème numéro un de l'école publique. Une réalité que connaissent aussi les cégeps et les universités qui accueillent à leur tour ces étudiants aux besoins particuliers.

L'enjeu demeure important. Si la ministre Line Beauchamp, et Michelle Courchesne avant elle, avait accordé une attention particulière à ce dossier, les autres titulaires du poste n'ont pas poursuivi les actions qui auraient permis d'espérer des améliorations. Bien au contraire, les compressions font craindre le pire aux parents, et le gouvernement envisageait des modifications peu rassurantes dans les conventions des enseignants. Heureusement, il a corrigé le tir.

L'approche comptable adoptée jusqu'à maintenant par le ministre François Blais est décevante. Il répète depuis des mois que son ministère alloue 2,3 milliards $ par année aux EHDAA et que ce budget n'a pas été amputé. «Ce sont les commissions scolaires qui font leur choix», reprenait encore récemment son cabinet, invité à commenter le recours judiciaire.

Lorsque la proportion de EHDAA connaît une progression importante (elle est passée de 12 à 20 % entre 2001 et 2012), lorsque que cette «clientèle» accapare plus du quart du budget du ministère, lorsque seulement le quart des élèves identifiés EHDAA réussissent à décrocher un diplôme et lorsque des parents doivent s'adresser aux tribunaux pour obtenir des services adéquats, le ministre ne peut se contenter de renvoyer la balle aux commissions scolaires.

On attend plus d'un ministre de l'Éducation. Bien sûr, des ressources humaines et financières suffisantes. Mais aussi, des orientations claires basées sur des données probantes et les meilleures pratiques expérimentées dans le réseau québécois ou ailleurs, afin de guider les écoles et les parents dans leur choix.

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