La cacophonie en santé

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Procéder à la pièce, sans vue d'ensemble, en mettant devant un fait accompli les parlementaires et la population ne sert pas l'intérêt commun ni celui des malades moins bien nantis.

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(Québec) ÉDITORIAL / Le système public de santé a été maintes fois scruté au fil des ans mais il est mûr pour un autre examen. Qu'est-ce qui fait encore partie du panier de soins et de services gratuits et quelle est la contribution financière que doit ou devrait assumer le malade? Parce qu'on est en 2015 - la formule vaut pour cela aussi - parce que bien des choses ont changé depuis l'adoption de la Loi canadienne sur la santé, il est temps qu'Ottawa et Québec donnent l'heure juste.

Au Québec, le débat entourant les frais accessoires (un volet ajouté à la dernière minute au projet de loi 20 donc en escamotant un débat plus large) a incité la semaine dernière des professionnels et des experts en santé à réclamer l'intervention d'Ottawa pour défendre le caractère public du système de santé au Québec. Ils constatent une érosion des principes d'universalité, d'intégralité et d'accessibilité sur laquelle repose la loi.

«La réalité est qu'aujourd'hui, au Québec, l'accès gratuit aux soins médicalement requis n'est plus acquis. Depuis des années, de nombreux médecins proposent à leurs patients de payer pour avoir un accès plus rapide en clinique privée, parfois à défaut de pouvoir les offrir dans les établissements», écrivent-ils. Pour eux, cette privatisation menace l'équité de l'accès aux soins.

Il est à souhaiter que l'équipe de Justin Trudeau ne fasse pas l'économie d'un débat sur le sujet. Il y a trop d'années que le gouvernement fédéral surfe sur ce dossier. Tous les premiers ministres tiennent à la loi mais les ressources financières pour l'appliquer n'ont pas évolué au même rythme que les changements démographiques et le développement de technologies et de médicaments coûteux.

Lors de l'implantation des systèmes publics de santé, au milieu des années 70, le fédéral finançait 50 % des dépenses. En 2013-2014, la part d'Ottawa se chiffrait à 22,4 %. Selon le Directeur parlementaire du budget, le transfert canadien en santé représentera en moyenne 18,1 % au cours des 25 prochaines années.

Devant cela, pas étonnant que les provinces essaient de faire baisser la facture publique de soins et de services de santé en refilant une note aux patients ou en tentant de restreindre le panier de services. Justin Trudeau a promis en campagne électorale de renégocier les transferts en santé. C'est à suivre.

Mais même si Ottawa modifiait les paramètres fixés par le gouvernement Harper afin de les rendre plus conformes à la croissance des coûts en santé, le dossier ne sera pas clos pour autant. Québec s'y prend comment pour financer ses dépenses dans ce domaine et quels soins et services médicaux sont couverts par le régime d'assurance maladie?

Le ministre Gaétan Barrette admet que le Québec devra mener un débat de fond sur le sujet car il n'a pas les moyens de tout financer. Certains voient les choses différemment et estiment que le ministre ne prend pas tous les moyens pour bien financer le réseau ou que le gouvernement libéral met trop d'argent dans les poches des médecins et pas assez ailleurs. Cela se discute.

Jugeant que «l'espace public ressemble actuellement à un univers cacophonique où les parties prenantes se font entendre par l'intermédiaire des médias», l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec souhaite lui aussi une consultation publique afin que des orientations claires sur le panier de soins et de services soient prises «collectivement».

L'enjeu est en effet important et ne peut être laissé au bon vouloir du ministre et ancien président de la Fédération des médecins spécialistes, le Dr Barrette. Procéder à la pièce, sans vue d'ensemble, en mettant devant un fait accompli les parlementaires et la population ne sert pas l'intérêt commun ni celui des malades moins bien nantis.

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