Le maître devenu boulet

Il y a un petit fond de «mononcle»... (123RF/Katarzyna Biasiewicz)

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Il y a un petit fond de «mononcle» qui résiste et persiste dans la société.

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(Québec) ÉDITORIAL / Que Marcel Aubut ait pu impunément pendant des décennies harceler des femmes prouve bien qu'il reste du chemin à faire pour que l'égalité entre les hommes et les femmes soit bien réelle au Québec.

Que l'avocat bulldozer, le «kid de la Grande Allée» quitte ses fonctions, car il est devenu un boulet tant pour le Comité olympique canadien que pour le cabinet BCF, indique toutefois qu'il y a de l'espoir. 

À écouter vendredi la déclaration de Marcel Aubut, on aurait pu croire que cet homme de 67 ans sortait d'un long coma. La société a changé, réalise-t-il. «[...] elle exige un plus grand respect entre les individus, plus spécifiquement entre les hommes et les femmes.» Mais dans quelle bulle vivait-il pour croire qu'il pouvait aborder ses collègues de travail ou les femmes qu'il croisait (même des mineures) de façon vulgaire, les tripoter, passer des commentaires sur leurs seins et sur leurs fesses et leur imposer ses becs mouillés?

Les mécaniciens ont compris depuis longtemps qu'il fallait qu'ils enlèvent les calendriers de filles nues des garages. Les clientes n'appréciaient pas. Bien des hommes ont heureusement saisi que les rapports entre les hommes et les femmes ont changé et qu'un respect mutuel est attendu. Ils ont compris que la société évolue.

Mais Marcel Aubut, un avocat, n'a rien vu passer. La Charte des droits et libertés qui confère l'égalité entre les hommes et les femmes, les lois pour que les milieux de travail soient exempts de harcèlement sexuel ou psychologique, maître Aubut semblait les ignorer.

Il a cru qu'il était au-dessus de tout ça, diront certains. Que sa notoriété, que son succès, que son influence lui permettaient d'agir à sa guise, de laisser libre cours à ses pulsions, qu'importe que des femmes se sentent agressées, humiliées, coincées. Le problème est sans doute encore plus profond. Cet homme n'a pas encore intégré que les femmes ne sont pas des êtres inférieurs aux hommes, des personnes à leurs services, soumises à leurs volontés.

M. Aubut s'excuse et promet de se livrer à une véritable introspection, à consulter les meilleurs experts qui l'aideront à changer ses comportements et à devenir une meilleure personne. Il part de loin. Mais manifestement, il n'est pas le seul. Il y a un petit fond de «mononcle» qui résiste et persiste dans la société. Certains ont encore du mal à accepter les rapports égalitaires et à ne pas tenter de dominer les femmes. 

Comment expliquer autrement que personne ne s'étonne de ce qui arrive à Marcel Aubut? Ses manières cavalières et abusives d'aborder les femmes étaient connues depuis longtemps et elles ont été tolérées, notamment par des hommes qui ont des mères, des conjointes, des filles. Le comportement de M. Aubut ne l'a pas empêché de recevoir des honneurs (officier de l'Ordre du Canada et de l'Ordre national du Québec, avocat émérite du Barreau du Québec). Qu'il agisse de façon incorrecte avec les femmes ne pesait pas lourd. Des avocats en riaient même. Pas étonnant que des femmes aient gardé le silence. 

Or, plus les femmes vont dénoncer l'inacceptable, porter plainte parce que supporter les propos libidineux du patron, ça ne fait pas partie de la job, et plus des hommes vont les supporter dans cette démarche, plus les «mononcles» vont réaliser que leur façon d'agir n'a plus sa place, qu'ils risquent gros à dépasser les limites et qu'ils en feront aussi subir les conséquences à leur famille. Et ce, qu'importent leur belle carrière, leur fortune et les honneurs reçus. Marcel Aubut en est le plus récent exemple.

Malheureusement, ce ne sera probablement pas le dernier. Qu'il s'agisse des rapports hommes-femmes, qu'il s'agisse de la place des femmes dans différentes sphères d'activité, les progrès réalisés par les Québécoises ne doivent jamais être tenus pour acquis.

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